Episode 4 : l’Altenberg de Wolxheim

C’est donc un peu avant Noël que j’ai fais la découverte du Grand Cru Altenberg de Wolxheim, un terroir peu connu, et pourtant faisant partie de l’appellation depuis 1992.

J’y ai rencontré Bruno Schloegel et Mathieu Zoeller, deux vignerons aux pratiques et philosophies différentes, mais qui se rejoignent quand même beaucoup sur le potentiel de ce Grand Cru. Nous commencerons donc par les points communs, ainsi que la présentation de cette découverte de l’Altenberg de Wolxheim. Suivront dans les prochains articles ce qui fait la particularité de ces vignerons, ainsi que les belles discussions et découvertes qui ont suivi ces rencontres en podcast audio.

Ci-dessous un article plus complet et personnel sur cette découverte :

 

Le Grand Cru Altenberg de Wolxheim s’inscrit dans l’Histoire

Certes, on pourrait dire cela pour tous les grands terroirs alsaciens. Ils existent toujours d’anciens textes, des écrits, nommant les Grands Crus. Vous aurez néanmoins remarqué que je ne m’attarde pas vraiment là-dessus dans mes précédents articles. Par exemple, l’Altenberg de Bergbieten est forcément ancien, car “Alten” veut dire vieux. Mon intérêt pour cela est en général limité, et souvent, cela ne se ressent pas vraiment sur place quand on n’y reste qu’une journée.

A Wolxheim, ce n’est pas vraiment le cas. L’Histoire du village et du Grand Cru est présentée avec fierté, et visible. On sent qu’il s’agissait à l’époque d’un nom vraiment connu. Et que le vin de Wolxheim brillait par sa qualité.

Ce calcaire et ce grès visibles permettent de comprendre les évolutions géologiques datant d’il y a quelques millions d’années. Néanmoins, si elles sont visibles, c’est qu’elles constituaient les carrières royales, et que les hommes ont creusé dans ces roches. En effet, Vauban a utilisé le grès de Wolxheim pour construire au XVIIème siècle les fortifications de la ville de Strasbourg. Les pierres étaient alors transportées via la Bruche, la rivière à l’Ouest de Strasbourg. Autour de ces carrières se sont construites des maisons d’une aristocratie parisienne, qui a permis de faire connaître le vin du terroir de Wolxheim.

C’est un peu comme les parisiens qui ramèneraient aujourd’hui une bouteille de vin du marché de Noël de Strasbourg. S’ils ramènent des caisses de bouteilles du même vigneron tous les ans, et qu’ils les partagent avec leurs amis, cela peut créer sur des décennies une belle réputation si le vin est qualitatif. 

C’est sans doute ainsi qu’au fil du temps, le vin de Wolxheim fut bu et demandé notamment par Napoléon III, Guillaume II, et cité dans de nombreux ouvrages. Il fut plus tard servi lors du dîner d’inauguration de la Tour Eiffel, ce qui prouve sa notoriété, et sans doute le potentiel de son terroir !

Ce n’est que depuis la Première Guerre Mondiale, lorsque l’Alsace était allemande, que les vignes furent arrachées, et que « le Wolxheim » perdit ses lettres de noblesses.
Aujourd’hui, les vignerons de ce village tentent de renouveler avec la qualité, et de montrer que ce terroir mérite d’être en Grand Cru, mais plus encore donne des vins fabuleux. Et cela, avec une belle ouverture d’esprit et une humilité également malgré la fierté historique d’appartenir à ce terroir de Wolxheim.

Les vignerons de ce Grand Cru forment une belle communauté

Certes, je n’en n’ai rencontré que deux, ce qui n’est pas suffisant pour se rendre compte de la réalité. Néanmoins, ces deux vignerons semblaient être sur la même longueur d’onde, et dire que leurs collègues l’étaient également (voir notamment dans la vidéo le témoignage de Mathieu Zoeller).

Tous ont aujourd’hui conscience de la qualité du terroir. Cela est passé par la dégustation d’anciennes, voir de très anciennes bouteilles. En effet, certaines dataient d’avant l’appellation vin d’Alsace, dont avant 1962. Le temps permettrait d’effacer le cépage et la trace du vigneron, pour mettre en avant le terroir. Qu’un vin vieillisse aussi bien, et que la qualité soit exceptionnelle, ne peut que rassembler tout le monde. Il y a donc une grande fierté d’être sur l’Altenberg de Wolxheim, comme dit très naturellement dans la vidéo.

Par ailleurs et pour la réputation, il y a une entraide entre les vignerons pour atteindre cette qualité, sans qu’un domaine ne soit laissé à l’arrière. En effet, il s’agirait également d’éviter que le Grand Cru Altenberg de Wolxheim, qui est assez méconnu, ait une mauvaise réputation à cause d’un seul domaine ; alors que le terroir a un très fort potentiel. Cela passe par une évolution vers la viticulture plutôt biologique, mais également une belle entente et une bonne communication.

Ainsi, il n’est pas rare que les vignerons travaillent ensemble et communiquent pour les jours des vendanges ou encore la lutte contre certains parasites, ou encore le travail en commun. Cela permet de se parler, et de pouvoir écouter les conseils d’autres grâce à une plus grande ouverture d’esprit.

L’Altenberg de Wolxheim

L’Altenberg de Wolxheim fait donc partie des 4 Grands Crus de la Couronne d’Or (les 3 autres sont les 3 précédents épisodes qui ont fait l’objet d’une vidéo). C’est donc également un magnifique Grand Cru disponible à une vingtaine ou trentaine de minutes de Strasbourg (et pourtant méconnu… quel dommage !).

La colline est orientée vers le Sud, avec de belles pentes et un sol de marnes, dont le calcaire souligne l’acidité. Pour la géologie, les vignerons en parleront beaucoup mieux que moi sur la vidéo ci-dessus.

Les cépages qui y sont plantés

On plante sur ce terroir une majorité de Riesling, puisqu’il s’agit du cépage de prédilection lorsque l’on souhaite magnifié un terroir. Néanmoins, j’ai particulièrement apprécié le Muscat et le Gewürztraminer – vinifiés en sec – du Domaine Lissner, même très jeune. Pareillement, c’est un plus ancien Gewürz, ainsi qu’un assemblage du Domaine Zoeller qui ont titillé mes papilles.
Certes, les goûts sont propres à chacun, néanmoins, on retrouvait les traceurs de l’Altenberg à travers ces différents cépages, et c’était intéressant de voir et goûter les différences. Vive la diversité des cépages alsaciens ! Et pourtant, le Gewürz est loin d’être mon cépage préféré, mais sur l’Altenberg de Wolxheim, et plutôt sec, j’ai trouvé cela excellent. Ca mérite donc d’y revenir !

Le vieillissement en bouteille

Les deux vignerons ont été tous les deux très clairs : il faut attendre au moins 3 ans pour que le terroir commence à s’exprimer au sein de la bouteille. Comme les autres Grands Crus, ce serait donc dommage d’ouvrir un 2016 en 2017, alors que le vin aurait beaucoup plus à exprimer les années suivantes.

Bien entendu, cela dépend également des années, mais attendre au moins 3 ans semble être raisonnable.

Par ailleurs, l’Altenberg de Wolxheim aurait une excellente garde, puisque des bouteilles des années 70 serait encore bien voir excellentes. Mathieu Zoeller disait avoir trouvé un peu par hasard des bouteilles laissées dans un grenier, et d’une qualité incroyable sur ce terroir !
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le vin blanc d’Alsace vieillit très bien !

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