Gogo gadget au vin

Bonjour à tous ! On m’a envoyé il y a quelques temps un lien vers une application pour smartphone lié au monde du vin. Ce n’est pas le nombre de celles-ci qui manquent, mais ici s’ajoute une sonde.

Une sonde ? Oui, on doit la plonger dans son verre de vin pour avoir les caractéristiques de ce dernier. Acidité, taux de sucrosité, teneur en tanins… bref, le vin n’aurait plus de secrets pour vous.

 

application de vin

Ce que je reproche à cette application, c’est qu’elle retire tout le côté intéressant au monde du vin, à savoir le côté plaisir et découverte. Certes, elle est censée répondre au sentiment de malaise que l’on a tous pu connaître devant le rayon vin de supermarché.

A savoir qu’on a 300 bouteilles, qu’on n’en connaît aucune et qu’on ne sait pas laquelle choisir. Néanmoins cette application et appareil valent une centaine d’euros. Je pense que celui qui serait suffisamment passionné pour investir cette somme dans un gadget n’est pas forcément celui qui achète son vin au supermarché, ou qui se retrouve bloqué devant cet exercice.

J’ai fais une vidéo il y a quelques temps sur le sujet, que vous retrouverez ici, mais j’ai quand même d’autres petites choses à rajouter que permettent l’écrit, donc vous trouverez l’article plus bas.

La sonde, aux antipodes de la fonction première du vin

On va s’attarder dans un premier temps sur la sonde, qui révèle les caractéristiques techniques du vin après qu’on s’en ai servi un verre.

Une nouvelle fois, le vin doit avant tout faire plaisir à celui qui le boit. Celui-ci devrait dans l’idéal s’affranchir du jugement d’autrui, de la valeur de la bouteille, et des avis d’autres personnes, aussi professionnelles et expérimentées soit-elles.

Cette application et cette sonde – et c’est pour ça que j’en parle – est caractéristique d’un mal-être dans le monde du vin. Elle répond assurément à un besoin aujourd’hui d’une partie des consommateurs, et elle part assurément aussi de bonnes intentions j’en suis sûr.

Néanmoins c’est tout de même dommage de se servir un verre de vin, et plutôt que d’y plonger son nez, on y plongerait cette sonde. Plutôt que de se demander si on l’aime ou non (ce qui serait suffisant), on va regarder ses caractéristiques techniques.

Les chiffres ne veulent rien dire

Outre le fait que les chiffres sont inutiles pour savoir si on aime ou non un vin, je tiens à souligner le fait que les chiffres ne veulent également rien dire.

En effet, on peut gouter un vin qui titre à 15,5° d’alcool sans le sentir et qui au contraire surprend par sa buvabilité. Au contraire, certains vins à 12° paraissent nous brûler la gorge.

Si on dit à une machine qu’on n’apprécie pas un vin à 15,5° qui serait mal fait, celle-ci risque d’éliminer des vins que l’on aurait apprécié qui titrent à plus de 13,5 par exemple.

On pourrait encore prendre le sucre résiduel. Une nouvelle fois certains vins à 4g nous paraissent très sucrés, alors qu’on ne sentirait pas le sucre aussi fortement sur un 15g. Cela dépend du vin, du choix du vigneron, mais aussi de notre palais, et de l’équilibre qu’il peut y avoir entre toutes ces notions.

Un chiffre pourrait être intéressant pour mettre en lumière cette diversité justement, mais j’ai bien peur que cette application n’élimine des découvertes et des plaisirs à certains consommateurs.

Le vin est déjà ouvert !

Une nouvelle fois il s’agit ici de quelque-chose d’important mais … le vin est déjà ouvert ! Alors… on est ici pour déguster, pas pour ouvrir une page Excel !

La seule chose qui devrait nous importer, c’est de le savourer, de le partager, et de se demander s’il nous plait ou non. S’il ne nous plait pas, il y a peu de chances que ce soit à cause d’une trop forte acidité, ou d’une teneur en tanins trop élevée (sauf si cela ne s’accorde vraiment pas avec le plat ou la personne avec qui on partage cela).

On peut avoir des préférences en matière de vin, mais bien souvent ce que l’on recherche, c’est que le vin soit bon. Et des bons vins, il y a en a dans toutes les catégories. Des mauvais vins également. C’est pas parce que j’ai goûté un bon vin doux naturel et un mauvais vin sec que je désirerai des vins sucrés toute ma vie, et c’est justement là où l’application perd de son intérêt à mon sens.

L’application, qui ferme la porte aux découvertes

Ouvrir une mauvaise bouteille de vin est une douloureuse expérience que nous avons tous vécu. Mais ouvrir de nombreuses bouteilles de vins sans intérêt, sans relief l’est à mon sens encore plus, car beaucoup plus fréquent.

L’application développée par cette société est censée affiner vos goûts au fil du temps. Vous allez liker un vin, puis un second, puis un troisième, et l’application va faire le liens entre ces trois pour vous en proposer un quatrième (en gros).

Le problème selon moi est le suivant : admettons que vous goutiez un Crozes-Hermitage, un Saint-Joseph et un Gamay du Beaujolais. Il suffit que ce dernier soit un mauvais vin pour que l’application en déduise que vous n’aimez pas les vins rouges gouleyants, et que vous recherchez des tanins.

En supermarché, je suppose que cette application va vous guider vers des bouteilles de Côtes du Rhône. Il est probable que par la suite vous n’achetiez que des vins de cette région, ou des vins du Sud-Ouest, peu importe la qualité de ces derniers.

Cela empêche les nouvelles découvertes

L’algorithme permet sans doute une seconde chance, mais néanmoins cela risque de couper le consommateur de belles découvertes. Il suffirait qu’il “dislike” et “like” certains vins pour disqualifier certaines régions ou certains types de vins, et au contraire mettre – trop – en avant d’autres.

Alors que les likes dépendent de l’humeur, de l’accord avec le plat, des amis, de la température de service, et surtout de la qualité du travail du vigneron (plus que du type de vin ou de la région), l’application est faite pour faire ce travail de tri.

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On a tous entendu quelqu’un dire qu’il ne buvait que du Bordeaux, ou que du Chablis par exemple. Et bien ce quelqu’un, ça va peut-être devenir les utilisateurs de cette application. Ils seront persuadés de n’aimer qu’un type de vin, puisqu’une technologie plus “scientifique” a éliminé tous le reste. Ces gens-là vont se priver de la découverte de nouvelles régions, de nouveaux domaines, et de nouvelles vinifications.

Je parlais précédemment d’une Syrah en macération carbonique que j’ai trouvé magnifique. J’imagine que celle-ci n’aurait pas pu être repérée par l’algorithme. Et finalement cet utilisateur va se couper d’un des points qui fait la beauté de ce monde du vin, à savoir les découvertes, la surprise dans le verre.

La notion de “goût” est une affaire personnelle

La notion de qualité n’est pas abordé dans les descriptifs que j’ai pu lire sur cette application. On est tous d’accord je pense pour affirmer qu’un mauvais vin de n’importe quelle région du monde sera forcément moins apprécié qu’un bon vin de n’importe quelle autre région du monde. Donc ne laisser que des critères techniques décider pour l’achat d’une nouvelle bouteille est absolument hors de propos.

On peut néanmoins imaginer qu’une sélection est tout de même faite, voir, plus intéressant, que le nombre de “like” laissés par d’autres utilisateurs puisse mettre en avant une certaine bouteille par rapport à d’autres, pour tenter d’éviter au maximum les mauvaises surprises.

Cela se pourrait, mais enlèverai de la légitimité au fait d’avoir une sonde personnelle. Si finalement l’avis d’un tiers ou d’une majorité est nécessaire, le fait d’avoir des instruments de mesure individuel n’aurait plus de sens. Mais le fait de ne juger un vin dans un rayon de supermarché (qui est le but premier de la sonde et de cette application) que par rapport à l’acidité, la région, le taux de sucre etc… n’a aucun sens non plus.

Dans tous les cas, le goût est une affaire de chacun. Il s’agit d’une notion tout à fait personnelle, qui évolue au fil du temps et qui peut changer selon le vin. Pour faire une analogie, on connaît tous quelqu’un qui n’aime pas trop la viande dans notre entourage, mais qui s’est déjà extasiée lorsqu’une pièce de boeuf était excellente (que ce soit par la qualité de la viande -du raisin-, ou de l’assaisonnement et de la cuisson -travail du vigneron-). Quand on est au restaurant, on accepte de prendre le risque d’avoir un plat qui puisse nous déplaire. Et parfois on pique dans l’assiette de son voisin pour goûter, parce-qu’on a envie de faire des découvertes.

Pourquoi ce serait différent pour le vin ? Faire des découvertes, et oser prendre une quille plutôt qu’une autre, ça devrait faire partie d’un processus normal. Avoir le plaisir d’avoir des surprises, ça ne devrait pas être réservé aux restaurants. Et une nouvelle fois, ce n’est pas parce-que j’adore la tarte au citron meringuée que je ne vais manger que cela, et surtout qu’elle sera bonne partout ! Je sais que dans dans certains restaurants, je n’en prendrai pas car je risque d’être déçu. Par contre prendre une spécialité locale qui sera sans doute meilleure.

Pour rester sur cette analogie mais recentrer un peu plus le propos, ce n’est pas parce-que 20 personnes me disent que les fruits de mers sont excellents que je vais les apprécier. Je n’aime pas ça, même si c’est un avis minoritaire. Pourquoi cela serait différent pour le vin ? On se laisse trop facilement influencer sur le vin par rapport à l’avis d’experts, de professionnels. Mais on ne le fait pas pour les plats. Etrange non ? Le goût est propre à chacun, et ce qui importe, c’est que le vin vous plaise à VOUS, personnellement.

 

Bref, si vous avez 100 euros à dépenser, aller plutôt dans des salons goûter des bons canons, des vins de régions que vous ne connaissez pas, voir même que vous connaissez. Ce sera bien plus intéressant et bien plus en relief 🙂 

Un commentaire

  1. Oui, avoir un guide c’est bien… au début, ensuite, c’est pas plus mal de se perdre un peu et de partir à l’aventure ou sinon on ne découvre pas vraiment les choses. Vive l’exploration!

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