Rencontre #1 : Domaine Beck-Hartweg

Bonjour à tous !

Je vous avais parlé il y a trois semaines de la « D’Summer Fascht », de la rencontre d’une nouvelle façon d’appréhender le vin, et de vignerons très sympas !
Je vous avais aussi dit que cela donnait envie d’aller voir directement sur place, afin d’ouvrir encore ses horizons. Et enfin, j’avais parlé d’un vin d’un lieu-dit « Bungertal » d’un certain Florian Beck-Hartweg que j’avais trouvé « assez atypique » et « exceptionnel » (je parle du vin, hein).

Et bien, on mélange tous ces petits ingrédients, et on prend la route direction Dambach-la-Ville, un charmant village dominé par le monde du vin.

Le vin … mais aussi les géraniums. On est quand même en Alsace hein !

Pour les plus observateurs d’entres-vous, vous aurez reconnu le visage de quelqu’un que j’avais mentionné dans cet article sur le soufre. Non pas parce qu’il en utilise beaucoup, mais j’avais souligné l’approche pédagogique* de ce vigneron à travers de nombreuses vidéos sur la viticulture, qui est finalement un monde peu connu pour les non-initiés. Vous pouvez cliquer sur ce lien pour en voir de nombreuses autres.

Ainsi donc me voici devant le 5 rue Clémenceau.

 

Le domaine Beck-Hartweg

On est donc accueillit dans une sorte de corps de ferme par les parents de Florian et Mathilde. Comme beaucoup de vignerons alsaciens (et c’est tant mieux), le domaine est géré par la même famille depuis une quinzaine de génération, depuis la fin du XVIème siècle. Pour illustrer cela, les guerres de religions n’étaient pas terminées en France, que la famille Beck-Hartweg faisait déjà du vin !

Selon Florian, cette nouvelle façon d’appréhender le monde du vin et les vignes, accentue l’intérêt d’une jeune génération pour la viticulture. Cela permettra la continuité de la tradition familiale chez beaucoup de vignerons.

Donc le domaine Beck-Hartweg, c’est 7 hectares, un Grand Cru « Frankstein », une tradition familiale, et une tradition du respect de la nature.
Ce respect a permis la certification bio, avec une viticulture sans produits chimique à partir de 2008, qui débouche sur le label en 2011, et déjà des cuvées sans soufre à cette date-là.

Dans les vignes

Belle véraison du Pinot Noir « F »

Un aspect qui m’intéresse particulièrement, et dans lequel je n’y connais pas grand chose, c’est bien la viticulture. Bien entendu, je ne souhaite pas aller dans des domaines où tout est mécanisé et traité en amont. Avec Florian, on sent qu’il y a de la compréhension de la vigne, et du vivant.

Frankstein

Florian Beck-Hartweg m’amène donc au coeur de ce grand Cru de Dambach-la-Ville qu’est le Frankstein. Précisément dans le terroir granitique de « Pflanzer », l’un des quatre coteaux de l’appellation orientés vers le Sud.

Ici se trouvent des raisons issues de cépages de Riesling, Gewurztraminer, mais également de Pinot Noir (que l’on peut voir ci-dessus). Ce dernier cépage n’étant pas autorisé dans l’appellation Grand Cru Frankstein, le vin s’appellera Pinot Noir « F », pour rappeler le terroir particulier. En l’occurence, les pieds de ces pinots noirs datent de peu après la seconde guerre mondiale (!).

Une autre manière de s’occuper des vignes

Dans les vignes, on sent qu’on a affaire à quelqu’un de passionné, et qui aime transmettre ce qu’il fait. Parmi les choses que j’ai retenu :

Structure de sol : le paillage

Qui mieux que Florian Beck-Hartweg pour entretenir les vignes de Florian Beck-Hartweg ?

Le paillage consiste à « coucher » les herbes entre les rangées des vignes lorsque celles-ci sont suffisamment hautes. L’intérêt est de conserver l’humidité de la terre, mais également de permettre une meilleure structure à celle-ci.

En effet, les herbes les plus mûres les plus proche du sol vont se décomposer et ainsi attirer tout un écosystème. Les herbes et bois sont décomposés par des champignons, ce qui va donner de l’humus, à l’odeur caractéristique de la terre en forêt, d’une terre vivante. Cette terre friable va être plus à même de conserver l’eau, et va permettre à la vigne d’avoir un meilleur enracinement, et donc prendre le même du terroir granitique du Frankstein. De plus, le caractère « vivant » des sols va également nourrir les vignes.

Du travail manuel qui demande du temps et de la passion

Pour 7 hectares, 4 personnes travaillent dans les vignes du domaine Beck-Hartweg. Avec une mécanisation et des traitements chimiques, une seule personne pourrait faire la viticulture. Or, le travail ci-dessous demande du temps et de la passion.

Je vais commencer par ce qui m’a ls plus interpellé dans la philosophie du concept, il s’agit du tressage (et il existe aussi une vidéo de Florian sur le sujet sur youtube).

On ne voit peut-être pas suffisamment bien sur la photo. Il s’agit du fait d’enrouler le haut de la vigne autour d’un fil de fer une fois que celle-ci est trop haute, plutôt que de la couper. Cette dernière action – non effectuée ici – est appelé rognage en viticulture, et permet d’éviter qu’il y ait des ombres différentes selon les vignes, mais également élimine le risque d’un déséquilibre physique de la vigne. Une des raisons d’éviter ce rognage pour Florian Beck-Hartweg est que le le fait de couper va, je cite “déstabiliser les équilibres de la vigne et lui infliger un choc, diminuant ainsi ses défenses naturelles”.

Le tressage ne peut se faire que manuellement, et prendra donc forcément beaucoup plus de temps que de juste couper la vigne mécaniquement à partir du certaine hauteur.

Un autre point qui demande du temps est le palissage manuel des vignes. Le palissage consiste à enrouler les branches des vignes devant et derrière des fils de fer afin d’éviter que le rameau ne casse sous le poids de sa croissance. Le travail manuel permet d’avoir une palissage plus précis car équilibré.
Le vigneron en profitera également pour enlever certaines feuilles ci-besoin. Ces deux actions vont permettre un ensoleillement égal et équilibré sur chacune de ses vignes.

Traitement

Ce travail et cette compréhension de la vigne n’empêche pas bien évidemment les maladies de pouvoir se développer. Plusieurs traitements « biodynamiques » et naturels existent pour se prémunir des agressions extérieures.

Et ces petites fleurs sentent la carotte, si si.

C’est le cas notamment de l’application de tisane à base d’achillée (une fleur qui ressemble fortement aux carottes sauvages sur la photo ci-dessus), mais également de l’application de bouse de corne, qui est de la bouse de vache qui aura fermenté dans une corne de vache pendant la période hivernale. Il peut être utilisé du soufre et du cuivre également si besoin, qui sont deux produits naturels autorisés en biodynamie.

Il n’y a pas de sectarisme ici, et c’est cela qui est aussi intéressant avec Florian Beck-Hartweg. Il ne s’agit pas de croyances, mais de pragmatisme. Florian a essayé différentes méthodes, et gardent celles qui fonctionnent au fil des années. C’est une méthode empirique, certaines choses fonctionnent, d’autres non. Que ce soit pour des raisons de terroirs et climats différents ou encore car les méthodes ne fonctionnent pas, peu importe.

L’ensemble de ce terroir en amont permet d’éviter aussi certaines déviances qui sont souvent associés aux vins biodynamique et « naturels ». Selon Florian Beck-Hartweg, on peut faire du vin nature tout en faisant du qualificatif, mais également du vin qui se gardera dans le temps, et qui pourra être transporté malgré les quelques écarts de température.

Le caveau

Vinification

Les fameux foudres alsaciens, d’une capacité de 1000 litres. Les foudres en photo ci-dessus ont entre un et deux siècles !

Le travail de Florian Beck-Hartweg se concentre principalement dans les vignes. La vinification va demander très peu d’intervention, car le travail de viticulture en amont permettra d’éviter certaines déviances.
Le pressurage sera lent, puis le jus de raisin sera décanté dans une cuve en intox pendant une nuit. Ce même jus sera mis directement dans ces foudres afin de commencer une longue fermentation entre 3 mois et un an selon les vins !

Pas de collage, et une majorité de bouteilles ne seront pas filtrés. Le jus de raisin fermenté sera directement soutiré et mis en bouteille, après une légère clarification.

Vins et dégustation

Certains sont sans sulfites, mais pas tous. Encore une fois, pas de sectarisme. Il s’agit de reproduire le meilleur des raisins et des terroirs. Cela exclu le trop plein de sulfite, mais dans certains cas, une faible dose est normale (comme sur les vins sucrés par exemple, pour éviter la seconde fermentation en bouteille).

Ce qui peut surprendre, c’est qu’on n’a pas les traceurs habituels (mais un peu ennuyants) des cépages alsaciens. Florian Beck-Hartweg se concentre sur les terroirs qui sont différents (Granitique/Volcanique mais également les différences d’expositions), mais aussi beaucoup sur le « toucher », sur la façon dont va évoluer le vin dans la bouche en terme de texture. C’est une approche atypique et assez intéressante également. Il s’agit une fois encore d’une méthode empirique, en testant de nouvelles choses tous les ans (en connaissant ses vignes et les terroirs).
Dans tous les cas, ses vins méritent d’être goûtés.

Je ne les ai pas tous goûtés justement, mais voici ce que j’ai retenu (et parfois soufflé aussi par le vigneron).

Tout naturellement : Issus de raisins situés en bas-coteaux sous la route des vins. C’est un vin « sans soufre », sans filtration, depuis 2011. Il l’est car le terroir se prête particulièrement à cela. Il s’agit d’un vin léger, fruité, sec et assez gourmand. Il se garderait une dizaine d’année, comme quoi une fois encore, on peut faire du « sans intrants » sans faire forcément des vins à boire jeune.

Riesling de Dambach-la-Ville : Assemblage de Riesling de trois terroirs différents, pour obtenir un bel équilibre, une salinité intéressante, une élégance et des arômes de fleurs blanches.

Riesling Grand Cru Frankstein : Plus complexe, ce vin peut se garder un peu plus de 15 ans ! Une belle salinité encore une fois avec un toucher de bouche droit et minéral.

– Granit :
Forcément, il est issu de terroirs granitiques. Ici l’objectif de Florian était d’avoir un « toucher » particulier. C’est un de mes préférés de cette dégustation, qui sort de l’ordinaire. Il s’agit d’un mélange de Pinot Gris, Pinot Noir et Riesling.
Une fois encore, le but n’est pas forcément d’avoir les traceurs des cépages. C’est le cas du terroir volcanique Bungertal par exemple, où Florian a décidé de laisser le terroir complètement s’exprimer plutôt que de la camoufler avec un gewurztraminer « doux ». Après, ce sont des vins qui tranchent, mais moi j’apprécie beaucoup.

Pinot Noir Dambach-la-Ville : Non-filtré, il a continué de me réconcilier avec les pinots noirs. Il reste assez frais mais avec un côté tannique est quand même présent.

Pinot noir (F) : Un rendement plus faible permet qu’il soit beaucoup plus aromatiques et charpenté que ce à quoi on a l’habitude (voir plus bas). Il s’agit avec le Granit des deux vins que j’ai préféré sur cette dégustation. Non filtré également, il a une belle structure et un côté « poivre et sel », illustration du terroir granitique du Frankstein.

Au final, les différentes dégustations que j’ai pu faire à la Summer Fascht m’ont réconciliés avec le Pinot Noir. Ce cépage est en général en Alsace trop gouleyant, et même les alsaciens pensent, malgré notre chauvinisme, que seuls les blancs sont à boire dans la région. Néanmoins, il existe une diversité de viticulture et vinification de ce cépage, et chaque vigneron peut y apporter quelque-chose. Il existe des pinots noirs « puissants », d’autres plus « complexes » , et le Pinot Noir alsacien n’a pas à être servi uniquement aux touristes à 4°C pour camoufler son goût. Certains sont excellents.

En tout cas merci à Florian Beck-Hartweg d’avoir pris le temps, et n’hésitez pas à y aller ou goûter ses vins !

*Pedagogie : le document ci-dessous illustre parfaitement ce mot. Rappelons que Florian n’a que 7 hectares, ce n’est pas un domaine « énorme » qui emploie des marketeurs. Je vous invite également à aller voir le site internet, qui est très développé et cible différents types de consommateurs (ça va de l’explication de la viticulture justement, jusqu’aux accords mets-vins et conseils de service, donc c’est assez complet !).

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