Emission radio : Agriculture Biodynamique

Salü bisamme !

 

DSA #3 : Les contenus audio

Je suis un grand consommateur de contenus audios, que ce soit des livres audios, des podcasts, des émissions radios en rediffusion, je trouve cela très pratique. Ca permet de meubler un déplacement en voiture ou encore le fait de faire du repassage/la vaisselle.
Quand je dis « meubler », je veux dire remplacer quelque-chose d’inutile par quelque-chose d’utile. Améliorer ses connaissances sur certaines choses, faire preuve d’ouverture, se cultiver, se motiver etc… Il y en a pour tous les goûts !

Je vous partage aujourd’hui une émission de radio sur la biodynamie. C’est une notion qui pour certains amateurs (comme moi) peut paraître un peu compliqué à comprendre. Les livres pour les plus passionnés peuvent donner un éclaircissement certain. C’est d’ailleurs l’objet de mon défi « lecture » : pouvoir aller plus loin que les concepts de base. Mais un audio a cet aspect plus pratique pour certains.

Pour ceux qui ne souhaitent pas écouter une heure d’émission, ou qui souhaite retrouver par écrit ce que sont les bases de l’agriculture biodynamique, je vous ai fait – en dessous de la vidéo de l’émission – un article sur les points principaux évoqués lors de cette émission.

 


Les invités

– Pierre Masson , spécialiste de l’agriculture biodynamique. « La clef des terroirs »
– Frédéric Chaize , maraîcher
– Baptiste Nayrand , viticulteur en biodynamie Coteaux du Lyonnais
– Boris Piteau , chef de projet chez TerraVentoux

Les bases de la Biodynamie, résumé de l’émission

La « naissance » de la Biodynamie

Rudolph Steiner

La biodynamie est la première agriculture dites « BIO ». Elle date de 1924 !
Après la première guerre mondiale, il y eu une époque de crise dans le monde agricole. L’arrivée des produits chimiques divisaient les avis de certains, qui se demandaient si cela était « bien » ou pas.

Rudolph Steiner, autrichien, propose une alternative aux produits chimiques mais qui veut répondre tout de même aux nécessités qui découlent de la crise. Il propose donc le célèbre « cours des agriculteurs » qui est une base et qui fait toujours référence aujourd’hui.

Il pose trois principes de base pour renouer avec une nature cultivée :

  • Un domaine est fertile s’il est autonome.
  • Des préparations naturelles pour régénérer le sol et aider les plantes.
  • Le respect et suivi de rythmes naturels.

On développera plus bas ces principes, comment ils sont perçus et appliqués aujourd’hui.

Les biodynamistes, des idéalistes au XXème siècle

Entre 1924 et les années 2000, la biodynamie est un courant plutôt marginal. Le côté « spirituel » et « perché » pour certains, la prétendue « négligence » visible dans les vignes, les problèmes digestifs et qualitatifs des vins bios dans les années 70, tout cela a contribué à ralentir le mouvement.

Ainsi, nombre de biodynamistes étaient, dans le siècle dernier, des idéalistes. Leurs idéaux : que le maximum de surface sur la planète et que le maximum de l’alimentation soient issus de l’agriculture biodynamique, pour en permettre l’accès au plus grand nombre. Deux objectifs en découlent :

  • Favoriser une meilleure alimentation humaine (que ce soit au niveau gustatif ou au niveau de la santé).
  • Préservation de la terre (favoriser la capacité d’absorption de l’eau par les sols, stockage de carbone par l’humus etc…)

Les années 2000 ont étés compliquées. Les parents viticulteurs ne motivaient pas leurs enfants à reprendre l’exploitation. Il s’agissait d’une époque difficile, mais qui a été un peu une transition avec actuellement.

La biodynamie, un effet de mode ou une démarche durable ?

Aujourd’hui, de plus en plus d’étudiants dans les écoles et CFA sont sensibles à cette approche biodynamique, qui apporte du sens. Il existe un fort engouement pour l’appellation DEMETER, même parmi les noms les plus anciens et les plus réputés.

Certains grands domaines – par leurs nombres d’hectares, leur sérieux et parfois leur réputation – pratiquent la biodynamie sans le mettre en avant, y comprit de grand bordeaux. Pour exemple, Romanée Conti, Château Latour, Chapoutier, Roederer utilisent la biodynamie. Roederer revendique notamment le fait d’utiliser les méthodes et le calendrier lunaire.
La prise en compte des méthodes biodynamiques par ces grands domaines tend à prouver que ces dernières fonctionnent. Il ne s’agit pas d’effet commercial car ils ne le revendiquent pas tous. Mais cela donne du crédit à des méthodes qui paraissent parfois trop « spirituelles ». Il s’agit ici de pragmatisme.

Il y a de plus en plus de reconversions qui trouvent leurs origines dans ce pragmatisme, et plus seulement dans le côté philosophique. En effet, si certains vins conventionnels sont très bons, le vigneron peut tester différentes choses, et la biodynamie permet d’avoir des goûts plus précis et d’être plus proche de son terroir. Il y a un rapport plus intime, et on privilégie la qualité à la quantité.

La reconversion se fait en trois étapes :

  • Il s’agit d’abord d’être de bon agronomes et de connaître son terroir. D’avoir une connaissance et une pratique cohérente des sols.
  • Ensuite passer au « bio », qui a un cahier des charges très faibles pour les biodynamistes. Il s’agit de favoriser l’usage de produits vivants (engrais verts), et de ne pas utiliser de produits de synthèses.
  • Enfin passer au biodynamique, grâce à l’entraide des viticulteurs (pas de notion de concurrence), aux enseignements des autres (à travers les préparations) et à ses propres expériences (notamment pour le côté calendaire).

Il s’agit d’un travail énorme, qui ne consiste en effet pas à « laisser les herbes pousser entre les rangs ». C’est également un travail de plusieurs années car il n’est pas possible en un an de reconstituer le caractère vivant (notamment la faune) des sols.
Les résultats seraient néanmoins « phénoménaux » au final. Notamment pour les légumes qui seraient reconnus par les plus grands chefs pour leurs qualités gustatives. L’idéal serait que le consommateur habitué au toxique (et même en bio) puisse retrouver le goût. Il ne s’agit pas d’être sectaire et de définir ce qui est meilleur ou non – c’est selon chacun -, mais de dire que le bio dynamique représente le terroir.

Au final, c’est une démarche qui commence, avec de plus en plus d’intéressés, mais qui prendra du temps, car cela demande beaucoup de travail, et que la conversion demande du temps.
Pour les différents intervenants de l’émission, c’est l’avenir du métier de viticulteur. L’application des principes biodynamiques par les plus grands domaines montre qu’il y a effectivement une certaine pérennité qui peut s’installer.

L’autonomie et l’harmonie du monde vivant

L’idéal en biodynamie est de tendre vers le « zéro intrant », c’est à dire de ne rien ajouter. Il s’agit aussi de respecter la diversité végétale (rotation des sols par exemple), mais aussi animale (autonomie de la fumure (qui rend le sol plus fertile)).

L’absence d’éléments « extérieurs » permet l’autonomie d’un domaine, et cela constitue un argument aux biodynamistes. Ces derniers affirment du coup qu’il s’agit ici du seul système durable sur le long terme.
En effet, tout existe sur le domaine en terme de tisanes et de plantes. Au début celles-ci peuvent être transmises par les collègues, le temps que le sol se revitalise.

« Les sols sont les enfants des plantes »

Si les désherbants ne permettent pas le renouvellement de la fécondité des sols, l’objectif de la biodynamie est de restimuler cette vie après plusieurs années. Il suffirait de deux ans pour les prédictions les plus optimistes pour que la vie se forme à nouveau sur des sols pollués grâce à l’utilisation de préparations biodynamiques.

Le vin serait alors l’essence même de son environnement, le produit de ce qui se fait dans le domaine, sans élément extérieur au domaine (sauf au début d’une reconversion). Une fois de plus, cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’un vin meilleur que les autres, ni qu’il n’existe aucun bon vin conventionnel, mais le vin bio dynamique est l’essence de son environnement.

Rythmes cosmiques

« Mais encor dites-moi quelle bizarrerie… »

Il existe des rythmes naturels de la vie. Le plus évident est celui des saisons, la vigne va évidemment réagir différemment que l’on soit en été ou en hiver.
Il existe également des rythmes quotidiens, les semis faits le matin réagiront d’une façon différente que ceux faits le soir. Comme pour les humains, où pour certains les matins seront énergiques et où la fatigue nous attrapera le soir.

Enfin, il existe les rythmes lunaires. Les mouvements ascendants et descendants de la lune (propice à la taille), les jours qui précédent la pleine lune sont intéressants, et cela a été démontré à travers différents tests.
Les périodes synodiques et le rythme sidéral auraient également une influence non négligeable. Il s’agit du passage de la lune devant les constellations, passage dont je n’avais pas du tout connaissance.
Le livre « Les arbres, entre visible et invisible » d’Ernst Zürcher donne des statistiques disant que le bois abattu a des comportements différents selon les rythmes de la lune sidéral. Il s’agit d’un travail pragmatique, de recherches scientifiques démontrant qu’en gardant un référentiel équivalent, la lune avait une influence sur le vivant.

Il y aurait également une influence de la périgée, le moment où la lune est la plus proche de la terre. C’est à ce moment là que le mildiou (un champignon vorace pour les vignes) serait le plus fort. Et cette connaissance du calendrier lunaire permettrait ainsi d’anticiper l’application de solutions bio dynamiques.

C’est un point qui paraît assez ésotérique présentés comme cela de façon théorique. La lecture des statistiques et des comparaisons serait un point d’aller un peu plus en profondeur sur ce point, surtout que personnellement, je n’y connais rien en calendrier lunaire.

Les préparations biodynamiques

Les différentes préparations utilisées en biodynamie viennent d’organismes vivants. Ils ont deux objectifs :

  • Régénérer les sols (et donc permettre la sauvegarde du vivant)
  • Aider les plantes quand elles en ont besoin (stimulation des organismes vivants)

Ces solutions sont pulvérisées en très petites quantités (100g/hectare pour la bouse de corne ; 4h/hectare pour la silice de corne). Cela suffirait pour stimuler les organismes vivants.

Les différentes tisanes, macérations et décoctions (orties) ont trouvés leurs bases en 1924 avec Rudolph Steiner. Il existe aujourd’hui, au fil des expériences, beaucoup plus de tisanes différentes. Il s’agit d’utiliser les plantes disponibles sur le domaine, pour préserver l’autonomie de celui-ci, et donner du sens au développement végétal.
Elles permettraient, en outre, de développer les qualités organoleptiques des vins.

En plus de l’utilisation de quartz, la préparation la plus emblématique de la biodynamie est la bouse de corne.

Il s’agit d’une bouse de vache mise dans une corne. Cette dernière est enterrée à l’automne et passe tout l’hiver dans le sol. Elle est ensuite déterrée au printemps et devient de la « 500 » : la bouse a totalement changé de couleur et d’odeur. Sa capacité fertilisante a été très fortement multipliée. C’est pour cela qu’il suffit d’une faible quantité pour que la bouse de corne agisse et créé de la vie.

Conclusion

Le vin n’est plus un « aliment indispensable » comme il le fut à une époque. En effet, le vin est aujourd’hui associé au plaisir, et peut donc chercher plus de qualitatif. Que ce soit d’un point de vue gustatif ou de santé, il s’agit de paramètre qui sont de plus en plus pris en compte.
Ainsi, l’offre devrait croître et permettre plus de bons vins raisonnables au niveau des prix.

Le label « Demeter » donne un cahier des charges exigeant mais qui fait avant tout confiance à l’humain. Il s’agit de permettre le développement de cette philosophie au plus grand nombre, et cela ne se limite pas à de petits territoires ou de petits producteurs. La biodynamie accepte aussi de grands domaines, et est de plus en plus reconnue par ces derniers. Elle n’est pas synonyme d’abandon de la rentabilité, sauf si cette dernière se fait au détriment de la qualité et de la nature.

Il s’agit d’une nouvelle relation avec les végétaux, mais aussi les animaux, car les principes biodynamiques existent aussi pour l’élevage.
Vu la multiplication des reconversions et l’enthousiasme d’une nouvelle génération, les années 2010 semblent être le renouveau de cette méthode datant de 1924. La biodynamie semble avoir de beaux jours devant elle, vu l’attente nouvelle des consommateurs.

Crédits photos : Patrick Breitenbach, ImAges ImprObables, Thomas Bresson

Partager l'article
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire