Top 10 des choses à savoir sur le Crémant d’Alsace

Les vins pétillants #3 : le Crémant d’Alsace

Troisième billet de notre série consacré aux vins effervescents. La suite logique au Champagne sera de parler du Crémant. Il n’y a pas de lien de « qualité » décroissante dans cette série, et je suis d’ailleurs un vrai partisan du Crémant, par chauvinisme mais pas que.

Dernière « claque » gustative en terme de vin effervescent

Suite logique donc, pas en terme qualitatif, mais parce-que le Crémant et le Champagne ont beaucoup en commun. Historiquement, le mot « crémant » désignait un Champagne dont la pression était largement inférieure à la norme. La mousse qui en était tiré était donc « crémeuse », d’où le nom choisit.
Aujourd’hui, l’AOC Champagne est, comme nous l’avons vu, fortement réglementé, et surtout réglementé géographiquement. Ainsi, le Crémant désigne de nos jours du vin effervescent qui est vinifié comme un Champagne, selon la méthode traditionnelle (méthode champenoise, mais on n’a pas le droit de le dire, pour éviter la confusion), mais qui n’est pas produit dans la région délimitée par l’AOC Champagne. A noter que le Crémant a aujourd’hui une pression équivalente au Champagne.

On va donc maintenant parler du meilleur crémant, en toute objectivité (hum hum…), le Crémant d’Alsace ! Un petit top 10, car je trouve que la forme ludique se prête parfaitement à ce sujet généraliste.

Top 10 des choses à savoir sur le Crémant

 

 

1. L’Alsace est la plus grande région productrice de Crémant

Voici la liste des principales AOC Crémant qui existent en France, avec leurs part de marché :

  •  Crémant d’Alsace (49%), il représente également 37% des « mousseux » de France.
  •  Crémant de Bourgogne (20%), très connu également.
  •  Crémant de Loire (18%), et ils font même du rouge pétillant, si si…
  •  Crémant de Limoux (6%) dont on a un peu parlé lors de l’article sur le Champagne.
  •  Crémant du Jura (5%)
  •  Crémant de Bordeaux (2%), et le hasard fait que j’ai encore une bouteille à la maison.
  •  Crémant de Die
  •  Crémant de Savoie

L’une des raisons qui ont fait que je m’attarderai ici sur le Crémant d’Alsace, c’est que je connais beaucoup moins bien les autres, et que je n’ai également pas eu la chance de goûter de très bon crémants d’ailleurs (mais je suis certain que cela existe).

Que ce soit en terme de superficie ou de volume, l’Alsace est donc incontestablement la plus grande région productrice de Crémant, avec quasiment la moitié de la production française.

2. Le Crémant est une des trois AOC reconnues en Alsace

Les trois appellations d’Alsace étant :

  • AOC Vin d’Alsace
  • AOC Alsace Grand Cru
  • AOC Crémant d’Alsace

3. Le Crémant est la seule appellation d’Alsace à pouvoir utiliser le cépage Chardonnay

On l’a vu dans les articles précédents, les cépages utilisés principalement pour les champagnes sont le Pinot Meunier, le Pinot Noir et le Chardonnay.
En Alsace, le cépage Chardonnay n’est pas autorisé pour les appellations AOC Alsace et AOC Alsace Grand Cru (ce qui ne veut pas dire qu’aucun vin tranquille n’est fait avec du Chardonnay en Alsace). L’exception est donc le Crémant d’Alsace, dont voici les cépages qui peuvent le composer :

  • Pinot Blanc, qui constitue le cépage principalement utilisé, pour le côté « fraicheur ».
  • Chardonnay, qui arrive en second, car il apporte la finesse et légèreté souvent attendue sur les vins effervescents
  • Pinot gris, un peu plus « costaud », donne du corps et de la richesse.
  • Pinot noir, seul cépage autorisé pour le crémant rosé.
  • Riesling, sur le fruit et le côté floral
  • Auxerrois, apporte l’acidité.

A ces cépages s’ajouteront évidemment les effets du terroirs, qui donneront également le caractère final du Crémant d’Alsace.

4. C’est Julien Dopff qui a été le premier à adopter la méthode traditionnelle en Alsace

« Dopff au Moulin » est un domaine qui est assez connu en Alsace, car l’un des plus grands. En effet, ils ont plus de 70 hectares de vignes !

Et bien c’est un membre de cette famille, Julien Dopff, qui fut le premier à faire l’équivalent du Crémant d’Alsace. Il aurait pris l’idée après avoir assisté à une démonstration de dégorgement de champagne à l’Exposition Universelle de Paris en 1900.

Il eu l’idée de faire un stage de 2 ans à Epernay afin d’apprendre les trucs et astuces sur cette fameuse méthode champenoise. C’est un procédé tout à fait honorable, et très moderne je trouve.

De retour en Alsace, Julien Dopff allait donc appliquer cette méthode de seconde fermentation en bouteille. C’est la naissance du Champagne Dopff, l’appellation champagne ne fut interdite pour les vins non champenois qu’en 1905. Il fut imiter, mais pendant la première moitié du XXème siècle, l’engouement était faible.

Le décret créant l’appellation AOC Crémant d’Alsace fut donc acté le 24 Août 1976, alors que la production de ce vin effervescent se rapprochait du million de bouteilles.

5. Le Crémant d’Alsace a du mal à l’export

Le Crémant d’Alsace est le crémant le plus produit de France, mais il s’exporte toujours assez mal à l’étranger. Pourtant, une majorité s’accorde à dire que le rapport qualité/prix (exemple en Angleterre) est exceptionnel comparé au Champagne.

Au niveau de son image, très qualitative, il est coincé entre un champagne qui est le symbole du luxe par excellente, et le prosecco, qui est bien moins cher et dont les ventes à l’export décollent à fond.

De plus, la multiplicité de petits producteurs de crémants en Alsace (mais aussi pour les autres appellations), doit être une des raisons qui font que l’export est plus faible que dans les autres régions de France, ce qui n’est pas un mal non plus. On compte en effet 530 membres du Syndicat des Producteurs de Crémant d’Alsace.
Néanmoins, cela peut-être un frein vu l’immense diversité des Crémants d’Alsace, qui fait que le consommateur étranger peut être un peu perdu. En effet, il y a une diversité de cépages autorisés (avec la possibilité de 100% Pinot Gris par exemple), des terroirs, mais également au niveau de l’élevage (entre 9 et 60 mois sur lies). Cette diversité est absolument à préserver, mais elle peut constituer un élément freinant la vente à l’étranger.

Au final, ce serait près de 21% du Crémant d’Alsace produit qui serait vendu à l’export, contre 15% il y a 10 ans (source : lepoint). Cette augmentation suit plus ou moins l’augmentation de la consommation mondiale de vins effervescent, qui augmente beaucoup plus rapidement que la consommation de vins tranquilles. A titre de comparaison, plus de la moitié du chiffre d’affaire de l’AOC Champagne provient de l’étranger.

L’effervescence a le vent en poupe, comme les vins rosés. A voir si cela profitera au Crémant. Néanmoins, en France, on aime ce Crémant d’Alsace, c’est pour cela que …

6. Le Crémant d’Alsace a tout de même une production en très forte croissance

Si l’export a du mal, on ne peut pas dire que l’appellation est en souffrance. En effet, le Crémant d’Alsace représente actuellement entre 21 et 25% de la production totale des vins d’Alsace !

Ce n’était pas le cas avant les années 80, puisque la production de Crémant d’Alsace est passée de moins d’un million de bouteilles à plus de 33 millions en 30 ans ! Il s’agit de l’appellation d’Alsace ayant la plus forte croissance depuis 5 ans, et de loin ! 13% d’augmentation de la production entre 2009 et 2014, à comparer avec un recul de quasiment 5% de la production d’AOC Alsace Grand Cru (ce qui ne veut certainement pas dire que les vignes situées sur les terroirs de Grand Cru sont utilisés pour faire du Crémant).

Cette croissance exponentielle peut sans doute s’expliquer une fois de plus par une qualité très similaire au champagne, et un terroir qui se prête bien à l’effervescence.
A noter que 34% de la consommation du Crémant d’Alsace est faites par l’Est de la France, et que seuls 10% sont destinés à l’Ile-de-France par exemple.

7. Le Crémant d’Alsace rosé n’entraîne pas les foules

Cette année, j’ai l’impression de voir fleurir de plus en plus de rosés issus de Pinot Noir en Alsace. Je parle des Crémants, mais encore et surtout des vins tranquilles. Je ne dis pas que ça n’existait pas avant, mais j’en vois toujours plus, notamment sur les réseaux sociaux.

Le Pinot Noir est alors le seul cépage autorisé, et il représente aujourd’hui environ 10% du vignoble total alsacien (pour faire le vin rouge Pinot Noir, les Crémants blancs, et les différents rosés). A titre de comparaison, le Pinot Blanc représente 21,3% du vignoble alsacien (Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace).

Contrairement au Champagne, la mode du rosé ne décolle pas pour le Crémant d’Alsace, alors que de très nombreux producteurs le proposent. Vu qu’une bonne partie des vins alsaciens sont consommés par des alsaciens, c’est peut-être notre côté conservateur qui parle. En tout cas moi, le Crémant d’Alsace blanc me convient parfaitement !

8. Les raisins du Crémant d’Alsace doivent être récoltés manuellement (dans des botiches)

 

Oui oui, comme en Champagne, les vendanges ne peuvent se faire qu’à la main. Il s’agit d’être sûr de faire un tri qualitatif. L’appellation impose un taux minimal de perte obligatoire, afin d’être certain de séparer les raisins les moins « qualitatifs » de la récolte. Les raisins doivent ensuite être transportés dans des récipients contenants moins de 100kg de grappes (des « botiches »).

9. Le Crémant d’Alsace n’est pas du Champagne « bas de gamme »

Comment énerver un viticulteur alsacien ? Lui dire que les bons crémants sont meilleurs que les mauvais champagnes.
Ce serait comme dire qu’un bon bordeaux est meilleurs qu’un mauvais bourgogne. C’est évident, et on ne dévaloriserait pas une appellation par rapport à une autre.

Comme nous l’avons vu, il existe une très forte diversité de Crémants d’Alsace, tout comme il existe une très grande diversité de terroirs et de producteurs alsaciens : il y en a vraiment pour tous les goûts !

La multiplication des Crémants d’Alsace millésimés permet d’insister également sur ce point sur les recherches qualitatives et les diversités qu’offrent cette appellation.

10. On ne rigole pas avec l’Appellation sur l’étiquette

Extrait de l’Article 12 du Décret du 20 février 2002 modifiant le décret du 24 août 1976 définissant l’appellation d’origine contrôlée « Crémant d’Alsace » – J.O n° 46 du 23 Février 2002 :

Sur les étiquettes, les mots ” crémant d’Alsace ” doivent être inscrits en caractères très apparents ; les caractères composant le mot ” crémant ” et ceux composant le mot ” Alsace ” doivent être de la même dimension, et celle-ci doit être au moins égale, aussi bien en hauteur qu’en largeur, à la moitié de celles des caractères les plus grand figurant sur les étiquettes.

On ne rigole pas avec la taille des caractères, non mais. Tout cela pour dire qu’on matière de règlementation, il n’y a pas que le rendement, les cépages, la taille des vignes, les distances entre les rangs etc… mais aussi des règlementations comme celles-ci.

Cela pousse des fois certains vignerons à s’écarter des appellations, pour gagner en liberté. Je suis sur que vous vérifierez sur votre prochaine bouteille de Crémant la taille de la mention « Crémant d’Alsace » par rapport au reste, non ?

Crédit photo : Mark Morgan, jolisoleil / jswinetours / jscitytours,
OliBac

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2 commentaires

  1. J’ai acheté à un viticulteur du “mousseux” d’Alsace. Je lui ai demandé quelle était la différence entre son produit et le “Crémant”. Il m’a répondu que pour porter l’appellation “Crémant”, il y avait une période minimale de vieillissement ( un an si mes souvenirs sont bons).
    Son produit ne pouvait donc porter l’appellation “Crémant” car il était trop jeune.
    Son explication est-elle exacte?

    1. Bonjour Pierre,

      Oui c’est tout à fait vrai, je l’ai mis anecdotiquement dans l’article en parlant des diversités des différents vignerons. Pour avoir l’appellation “Crémant d’Alsace”, le faut un vieillissement “sur lattes” d’au moins 9 mois, tandis que d’autres (souvent millésimés) peuvent aller jusqu’à 60 mois !

      Je serais curieux de connaître les raisons de ce vignerons pour ne pas aller jusqu’à 9 mois. Souvent, on associe le temps de vieillissement avec la qualité du vin, mais ce n’est pas toujours le cas, et le vigneron peut également avoir ses raisons.

      Ce mousseux était-il bon ?

      Adrien

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