Bruno Schloegel, vigneron au Domaine Lissner à Wolxheim

Bonjour à tous !

Nous l’avons découvert lors de la vidéo sur le Grand Cru Altenberg de Wolxheim. Mais en fait, deux personnes m’en avaient déjà parlé, et me l’ont fortement conseillé.

« Tu verras, c’est un peu fou ce qu’il fait, c’est de la permaculture, c’est la jungle dans les vignes mais c’est bon et étonnant ».

Avec une description comme ça, ça a forcément attiré ma curiosité. Quelque-chose de bon, de différent, ça me tente tout de suite. Je suis donc allé sur son site internet, et remarque tout de suite que son raisonnement semble cohérent, et qu’il y a une volonté de la part du vigneron de partager ses convictions.
Un premier échange de mail plus tard, et il m’envoie les photos de ses vignes, de la faune et de la flore présente au milieu de ses rangs.

Cela détermine déjà une partie du personnage, et des choix de viticulture qu’il a choisit. Je ne sais pas si c’est bien ou pas, si c’est l’anarchie dans le bon ou dans le mauvais sens, mais cela me donne assurément envie d’aller le rencontrer pour l’un des épisodes sur les Grands Crus d’Alsace.

Ci-dessous, vous retrouverez la suite de cet article sur la présentation, ainsi qu’un podcast-entretien de Bruno Schlogel, pour vous faire une idée de l’approche de ce dernier, même si en 40 minutes, nous n’avons fait qu’effleurer ce qui est possible.

Merci encore à lui pour son accueil, c’était très intéressant.
Bonne lecture ou bonne écoute (podcast tout en bas de l’article, à télécharger ou écouter de suite) !

 

 

La viticulture sauvage

Bruno Schloegel a reprit les vignes du Domaine Lissner sur le tard, comme une nouvelle vie. Ce n’est pas un vigneron en biodynamie, pas vraiment en permaculture non plus. Il ne se définit pas en vigneron « naturel », mais en « viticulture sauvage ». Ce terme est inspiré des travaux de Masanobu Fukuoka, agronome japonais.

Quelques minutes après mon arrivée, il me mène vers un écran sur lequel il va faire défiler de nombreuses photos de ses vignes. Pour mieux comprendre de façon pratique ce qu’est la viticulture sauvage. On pourrait voir de prime abord une « jungle » comme il l’appelle de façon non-péjorative. Mais en faisant défiler les photos, on voit de nombreuses couleurs, des animaux, bref, de la vie. Il les commente avec passion, et il le fait à chaque fois qu’un nouveau visiteur arrive pour la première fois.

Le vin est comme un enfant. Pour le comprendre, il faut aller voir ses parents. Et ses parents, ce sont les vignerons.

Si sa démarche a un côté philosophique, avec un côté nietzschéen à retrouver dans le podcast plus bas, c’est avant tout une démarche scientifique qui le guide.

Le XXIème siècle doit se réconcilier avec le vivant.

Il part du principe que la vigne est une plante, et que cette dernière n’a pas eu besoin de l’Homme pour la guider jusque-là. Ainsi, ce dernier serait mal placé pour savoir ce qui est mieux ou non pour elle !
En fait, Bruno Schloegel dira que dès que l’Homme souhaite intervenir, c’est qu’il à cause d’une de ses précédentes interventions. Ainsi, on a un cycle interventionniste mauvais, qui fait que chaque action demandera une nouvelle action pour réparer le mal qu’elle a fait.

Cette démarche scientifique se ressent également lorsqu’il parle de la températures dans ses vignes, de la taille tardive, dans l’arrivée de la faune et la flore dans ses rangs.

 

Un effort pédagogique

Cette forme de viticulture est vraiment différente. Bruno Schloegel ne la présente pas d’une façon ésotérique, et se sert d’une démarche plutôt scientifique pour l’illustrer.

Cet effort pédagogique se ressent également sur différents aspects qui gravitent autour de son métier. Ainsi, vers le début de la visite, il me remet des frises chronologiques sur l’Histoire du vin et des cépages de Wolxheim. Il s’agit de fiches simples et claires, qui permettent d’illustrer rapidement l’influence qu’à pu avoir ce terroir par le passé.

Il partage également aisément ses intérêts pour la géologie, ou encore l’ornithologie. A deux reprises pendant ma visite, il s’est arrêté pour observer un oiseau. « Ce doit être tel oiseau, puisque l’autre a une tâche particulière à cet endroit là, alors que celui-ci… ». On sent que le vivant le passionne également.
La pédagogie continuera avec travers les dégustations, puisqu’il organisera une petite horizontale, une petite verticale, et le comparatif également entre des bouteilles ouvertes récemment, et des plans anciennes.

Ces connaissances néanmoins, il ne cesse de les remettre en question. Certes, ses idées paraissent claires, mais toujours en réflexion. « Quand on doute, c’est qu’on s’approche du vrai » dira-t-il. C’est d’ailleurs un de ses objectifs : que l’on sorte de chez lui en se posant des questions, plutôt que de chercher des réponses.

Pour partager cela, il souhaite écrire plusieurs livres, pour partager ses réflexions. Le premier serait sur le vin d’Alsace, ce qui est en effet un vaste sujet.

La Liberté de la dégustation

La valeur primordiale pour Bruno Schloegel, c’est la Liberté. Libre de faire ressortir son expression du terroir par rapport à certains standards, libre de faire ce qui lui semble juste.

C’est une notion que je trouve importante dans le monde du vin, que ce soit pour le vigneron, mais également pour le dégustateur. Qu’il soit libre du jugement qui pourrait être porté sur le sien, qu’il soit libre de l’étiquette qu’il pourrait trouver sur la bouteille, du rapport commercial qui existe forcément lors d’une dégustation.

Je trouve qu’au Domaine Lissner, cette Liberté dans la dégustation est plutôt bien mise en avant.

Tout d’abord, Bruno Schloegel précise dès le début – lorsqu’il organise des dégustations – qu’il sera impossible d’acheter une bouteille à la fin. C’est vrai que quand on est sur un salon, ou qu’on participe à une dégustation, on a tendance à un moment à se « forcer » à prendre une bouteille, ou à jauger de la qualité du vin par rapport à ce qu’on souhaite payer. Bref, dans tous les cas, nos sens sont détournés de l’objectif premier de la dégustation.
Ici, l’ombre commerciale et de rapport de vente est levé dès le début de la dégustation, pour permettre d’être plus proche de nos émotions que de la « simple » dégustation traditionnelle, ou de la recherche des bouteilles à acheter.
Finalement, on se rapproche d’une certaine forme d’Humanité, plus apte sans doute au partage.

Les prix pour ces vins sont volontairement faibles, pour permettre d’être appréciable par le plus grand nombre. A 7 euros par bouteille pour le prix d’appel et pour la qualité de celle-ci, c’est effectivement impressionnant. Le but est également, comme Bruno le dit dans l’entretien audio, pour éviter qu’on ne sorte la bouteille en se gaussant d’y avoir mis le prix. Le vin doit être un outil de partage, et non pas une plus-value.
On a tous une bouteille (ou plusieurs !) au fond de la cave qu’on n’ose pas trop ouvrir car on attend « THE » occasion, vu le prix qu’on a mis dedans. Est-ce qu’on la savourera une fois qu’on l’aura ouverte ? Sans doute pas suffisamment.

Des dégustations “différentes”

Deux autres exemples de dégustations ont retenu mon attention. Au Domaine Lissner est organisé une fois par an un accord « Musique et vins ». Bruno Schloegel invite un musicien ou un groupe, et des vins sont dégustés sur plusieurs morceaux différents, afin de voir les effets extérieurs sur sa dégustation. Je trouve la démarche très intéressante, puisqu’elle sort une fois encore de la dégustation trop pragmatique ou « professionnelle », pour se concentrer sur ce que l’on ressent.

Dans le même esprit, et comme l’a fait Marcel Deiss récemment, Bruno Schloegel a accueillit dans ses vignes et pour une dégustation plusieurs personnes ayant une déficience visuelle totale. Les personnes aveugles arrivaient à ressentir et entendre quand elles étaient dans les vignes du Domaine Lissner et quand elles n’y étaient plus. Cette observation devait être assez surprenante et gratifiante pour le vigneron !
La dégustation également, puisque la vue est un sens très fort, et qu’il devait être intéressant d’entendre la dégustation de personnes qui ont peut-être un sens plus aiguë de l’odorat et du toucher, et qui dont le jugement n’est pas altéré par l’observation du vin. On pourrait prendre cet exemple ultra-connu d’étudiants en oenologie incapable de reconnaître à l’aveugle s’ils ont affaire à du vin blanc ou à du vin rouge ; alors qu’on est persuadé de pouvoir faire la différence au nez.

Bref, nous n’avons fait qu’effleurer ici une autre façon de penser. Je vous laisse ci-dessous profiter du podcast pour en découvrir un peu plus et surtout écouter ce personnage, dont vous entendrez la passion aisément, et qui vous partagera bien mieux que moi ses pensées.

– 00’30 : Pourquoi tailler tardivement ?
– 1’30 : A quoi ressemble ses vignes au cours de l’année ?
– 4’ : la viticulture sauvage
– 4’30 : les vins de macération
– 7’30 : L’avis sur la biodynamie et l’interventionnisme
– 10’ : le stade de l’enfant
– 11’15 : le processus d’intervention
– 12’50 : la filtration
– 13’45 : Quand embouteiller un vin ?
– 15’07 : le vin permet de s’interroger
– 16’21 : le nez n’a pas grande importance
– 17’32 : Rendre accessible le vin
– 19’ : Rester libre
– 22’ : Rester terre à terre
– 23’20 : Qu’est-ce qu’on peut appeler « vin »
– 25’41 : changer de référentiel
– 26’40 : le parallèle entre le vin et la musique (puis un nouveau passage sur la biodynamie)
– 29’45 : Le vin est un vecteur de partage, il a besoin d’Humanité
– 30’45 : le vin doit servir à apprendre à vivre ensemble
– 33’ : Le doute est une preuve qu’on est dans le vrai
– 36’15 : l’origine de la viticulture sauvage
– 38’ : il faut remettre la biologie dans le bon sens

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