Les Vins Libérés : D’Summer Fascht !

Salü bisàmme !

 

Aujourd’hui je vais vous faire un petit compte rendu du salon des vins libérés d’Alsace “D’Summer Fascht ». Il s’agissait d’un regroupement d’un vingtaine de vignerons travaillant en naturel.

Mon retour sera celui de quelqu’un qui est intéressé par les vins naturels et biodynamiques, mais totalement néophyte dans ce domaine. Ce fut d’ailleurs une expérience très enrichissante, que je vais tenter de vous retransmettre ci-dessous.

Le cadre et la philosophie

J’ai découvert cet évènement, entre-autres, sur la page facebook d’un caviste Strasbourgeois situé pas très loin de chez moi, et chez qui j’ai déjà fait de belles découvertes. En effet, il s’agit d’un caviste passionné qui propose des vins « libres », donc des vins naturels. Etant très interessé par les vins naturels et en biodynamie, je me suis dit que c’était sans doute l’un des évènements de l’année pour progresser dans le domaine, et rencontrer des vignerons interessants. Ce fut en effet le cas !

Donc le rendez-vous était donné en ce dimanche 16 Juillet 2017 à Ammerschwihr, un village du Haut-Rhin situé derrière Kaysersberg, et connu notemment pour ses grands crus Kaefferkopf.

 

C’était le domaine viticole Christian Binner qui invitait donc une vingtaine de vignerons alsaciens, certains qui vignifient comme cela depuis très longtemps (Jean-Pierre Frick, Christian Binner, Bruno Schueller et Patrick Meyer) et toute une nouvelle génération qui commence à vinifier en naturel. Personnellement, j’ai quasiment tout découvert, mais cela était interessant de voir ces deux générations aux problématiques différentes, mais avec des convictions très similaires.

L’un des vignerons de la nouvelle génération m’a par exemple dit qu’il faisait du vin naturel car il ressentait une véritable frustration à voir le souffre changer complètement le goût du vin qu’il a vinifié toute l’année. Pour un autre, c’était la volonté de ne pas ajouter de produits chimiques, pour la santé des hommes qui le boivent. Pour un autre encore, c’était la volonté de faire du vin « comme avant », ce qui lui semblait plus logique, plus simple, et avec de véritables saveurs. Pas de vin lisse et asceptisé.

L’une des phrases importante est de dire que le vin naturel est avant tout du jus de raisin fermenté, mais il s’agit aussi d’un produit vivant, qui retransmet les émotions et le travail que le vigneron lui a accordé toute une année.

Voici donc le cadre : une vingtaine de vignerons, un peu moins de cents vins à la dégustation, pas mal de passionnés, une bonne ambiance, des tartes flambées.

Découvertes

Comme je vous l’ai dit, mes précédentes dégustations en naturel ont plutôt concerné des vins rouges, Syrah et Gamay principalement. Sur environ 80 vins dégustés, c’était donc pour moi des découvertes constantes, beaucoup d’exclamations et peu de repères ! En effet, j’aurai bien été incapable bien souvent de reconnaître les cépages utilisés, et ait bien souvent reconnu des saveurs que je n’avais pas ou très peu ressentis jusqu’à présent dans des vins. Bien entendu, tout le but n’est pas là. L’un des points d’ailleurs séduisant de l’approche des vins naturels est de laisser un peu de côté les dégustations scolaires pour se concentrer sur quelque-chose d’essentiel : est-ce que cela nous plait ? La notion de plaisir et d’émotion l’emporte sur la dégustation entre guillemet professionnelle.

Certaines bouteilles étaient un peu destabilisantes, mais il y a eu beaucoup de réelles bonnes surprises. La présence des vignerons qui parfois faisaient goûter leurs vins apportait un réel plus, et permettait de comprendre leurs démarches. J’ai personnelement noté beaucoup de noms de personnes dont les vins m’ont touché et que je souhaite aller voir prochainement !

Voici donc quelques-uns de mes découvertes les plus marquantes :

Arômes

A de très nombreuses reprises, j’ai senti un arôme de poivre et de poivre blanc assez puissant, sur des Rieslings mais aussi sur des Sylvaner. Avec une telle intensité, c’est bien la première fois, et j’ai trouvé cela plutôt agréable.
Le côté minéral ressort également d’une façon bien plus net, et certains terroirs volcaniques semblent beaucoup plus valorisés par cette démarche. J’ai retrouvé à plusieurs reprises également un côté « silex » pas désagréable.

Ce que je peux retenir dans tous les cas, c’est l’immense diversité proposée lors de cette dégustation, au sein d’une même région, et à travers « seulement » une vingtaine de vignerons. Et encore, chaque vigneron n’a amené que quatre bouteilles ! Cela donne envie d’aller voir toutes leurs cuvées, et cela montre également le ridicule de certains de catégoriser les vins alsaciens.
Vu la diversité des vins proposés, cela m’a donné envie d’explorer et de déguster d’avantage les vins alsaciens en naturels, car il y a de quoi faire des découvertes, et qu’à priori, ils ont des vins à chaque occasion !

Visuel

 

Je m’y attendais un peu à celui-ci, et je pensais d’ailleurs qu’il serait plus présent dans le nombre de bouteilles proposées. En effet, si les vignerons ne filtrent pas à l’aide d’intrants, certains tentent de maintenir un aspect visuel « commercial », mais d’autres non.

Ainsi, certains vins étaient carrément troubles. Mais cela n’est aucunement dérangeant à la dégustation. Néanmoins effectivement, cela peut choquer certains invités qui ne s’y attendent pas. Le plus important est ce qui va se passer une fois le vin senti et dégusté, pas le visuel.

Une autre petite anecdote personnelle : c’était la première fois que je goûtais des vins oranges, visuellement, c’est quand même quelque-chose.

Pet’ nat

 

Alors là, j’avoue que je n’avais jamais entendu parlé des « pet’nat ». Pourtant, vu le nombre de bouteilles proposés, et l’aisance de chacun à en parler, j’en ai assumé qu’il s’agissait de quelque-chose de courant dans ce milieu.

Il s’agit de vins naturellement pétillants, sans ajout de levures additionnels. En fait, le jus de raisin est mis en bouteille alors que la fermentation alcoolique n’est pas terminée, ce qui fait que la fermentation va continuer dans la bouteille, provoquant de fines bulles de CO2. La quantité de sucre résiduel est donc toujours une surprise sur ces cuvées. Il s’agirait d’une méthode « à l’ancienne ».

J’ai trouvé cela intéressant, très très frais. Il y a un petit côté « apéritif en terrasse » qui était assez plaisant. Il faut dans les cas goûter cela, et je pense prendre quelques bouteilles pour faire découvrir.
Néanmoins, il faut que je prenne peut-être un peu plus de recul via une autre dégustation, car je trouve tout de même cela moins abouti que les crémants que j’ai pu goûter par la suite. A re-boire, donc.

Techniques de vignification

Même si cela n’est pas le coeur de leurs visions, évidemment on parle de technique. Je dois avouer qu’il y a pas mal de termes avec lesquels je ne suis pas à l’aise, par exemple la macération carbonique.
Cela me conforte dans l’idée d’aller directement sur place afin de voir comment cela se passe.

Il y avait également une dizaine de vin « de macération », des vins oranges. C’était je crois la première fois que je goûtais des vins oranges, et cela fut très sympathique, bien qu’un peu « lourd » et « chargé » pour prendre sur l’intégralité d’un repas.
Après, vu qu’on peut le garder quelques jours une fois la bouteille ouverte, cela peut être intéressant en fin de repas par exemple. En tout cas une explosion de saveurs pour ces derniers. Fait assez sympa aussi, la présence de cépages que l’on imagine moins en vin orange, par exemple le Sylvaner, que j’ai trouvé également assez intéressant.

Un film

Voici la bande annonce du film « L’invisible » de Sergey Tsoller. Le film a été projeté en avant-première au sein de cette « D’Summer Fascht ».

Pour en parler rapidement, les images sont vraiment magnifiques, et montrent les différents terroirs de grands crus d’Alsace, ainsi que des plans sur les plantes et raisins tout à fait remarquables.
L’émotion est palpable, et c’est très intéressant d’avoir cette vision pour quelqu’un extérieur à ce milieux comme moi. Les différentes interventions des vignerons, parfois ponctuées d’humour, donnent une nouvelle dimension au fait de boire du vin. En tout cas, cela fait réfléchir. Ils produisent du vivant, un moyen de partager du plaisir.

Une petite anecdote du film m’a fait sourire, et je partage totalement cette vision. Il s’agit de quelqu’un qui a demandé un rendez-vous avec un vigneron pour déguster l’ensemble de ses vins. Le vigneron lui a proposé d’aller voir ses vignes. Devant le refus de l’intéressé, le vigneron a alors dit qu’il n’avait pas le temps.
Comprendre le travail de l’homme, le terroir, et aller voir la vigne encore vivante, permet d’apprécier l’authenticité de ce qu’il y a dans la bouteille.

Dégustation

 

Je n’avais pas pris de petit carnet de dégustation, grave erreur. J’ai néanmoins pris quelques notes suscintes sur mon téléphone. Cela m’a néanmoins permis de me concentrer sur ma dégustation du moment, et d’apprécier l’instant et les découvertes, plutôt que de tourner vers la dégustation scolaire classique, à noter les arômes perçues etc…

Je vous note donc ici les vins « coups de coeur » que j’ai vraiment adoré. Il n’y a pas de hiérarchie, et je précise que c’est la première fois que je goûte autant de vins naturels, et qu’il y a certains vins que je n’ai pas dégusté ce jour là. Bref, des vins qui m’ont donné du plaisir, tout simplement :

Ludovic Rohrer – Riesling Stein 2016 : un riesling assez gras, au goût « beurré »

André Carl – Riesling 2016 : Un goût poivré prononcé, très sympathique.

Vins les Pirouettes – Pet’ Nat : Je n’ai pas noté toutes les références là-dessus.

Pierre Frick – Crémant d’Alsace – Pinot Gris 2015 : le crémant que j’ai préféré sur cette dégustation.

 

Brand – Sylvaner Barrique « Retenez son nom » 2016 : De nouveau des arômes de poivre, mais c’est très bien fait.

Frick – auxerrois 2015 : un bel équilibre « sucre/Sel », très particulier comme arôme et bien sympathique.

Meyer – RN422 et Tête de Boeuf : peut-être que je me suis fait influencé par le nom de la cuvée, mais j’ai trouvé qu’il y avait des arômes de viandes fumé ou grillée. Un très joli nez, un peu moins en bouche mais cela dépendait peut-être de facteurs externes.

Beck Hartweg – Bungertal 2015 : Arôme exceptionnel et assez atypique. Le vigneron m’a dit que c’était le terroir particulier qui donnait cela. Cela me donne envie d’aller voir directement sur place.

 

Geschickt – Pinot Noir « K » 2015 : Sans doute le pinot noir que j’ai préféré lors de la dégustation. A noter également ceux de Pierre Frick et de Christian Lindenlaub, le premier plutôt épicé et le second beaucoup plus puissant et tannique. A déguster selon le lieu et les invités.

 

Albert Hertz – Pinot Blanc Eguisheim 2015 : J’ai noté : léger mais intéressant.

Domaine du Petit Poucet – les 600 de la Vigne : Un vigneron très sympathique, un vin très intéressant, beaucoup plus secs et sur des arômes peut-être plus classiques.
Clé de sol – Gewurztraminet Muehlfosrt 2016 : très très aromatique et épicé.

Clé de sol – Riesling Muehlfosrt : Un très bon riesling.

Meyer – Affinités Electives 2012 Gritt et Muench : L’un de mes préférés de cette dégustation, belle minéralité.

Les vins pirouettes – Bildstoeckle Riesling de Stéphane 2014 : Gras mais peut-être plus « polyvalent » que d’autres vins goutés.
Schueller – Pinot Blanc 2011 : Excellent.

J’en ai noté d’autres, mais ceux-ci étaient vraiment ceux que j’ai préféré. Ce « salon » m’a appris pas mal de choses sur les vins naturels, et m’a dans tous les cas donné envie de contacter certains vignerons pour voir directement comment ils travaillent et dans quels terroirs.

Si vous avez des commentaires à faire, n’hésitez pas ! A bientôt !

A Gueter !

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