Julien Albertus, vigneron au Domaine Kumpf et Meyer à Rosheim

KumpfetMeyer, c’est un nom de Domaine que je rencontre assez souvent chez des professionnels du vin bio/nature. Quand il était question de faire une tournée du côté du Grand Cru Bruderthal, il apparaissait donc évident d’aller à Rosheim rencontrer Julien Albertus, vigneron du Domaine.

Domaine Kumpf et Meyer

Kumpf et Meyer, c’est la fusion né d’un mariage dans les années 90. Ce dernier s’étant fissuré, le vigneron a décidé de changer de vie professionnelle. Il manquait donc un vigneron, et c’est là qu’intervient Julien Albertus. Arrivé en 2010, il a été formé chez chez Zusslin qui est un domaine en agriculture biodynamique situé entre Colmar et Thann. Cette expérience l’a parfaitement convaincu des bienfaits du bio, voir de la biodynamie, sur la vigne.

Conversion en bio puis en nature

Il arrive donc chez Kumpf&Meyer avec la ferme intention d’emmener cette équipe et ces vignes sur la route de la conversion en agriculture biologique. La conversion en bio se fait donc quelques années plus tard. Il tente de premier essais de vinification nature – sans sulfites ni aucun autre intrant – dès 2012 sur des pinots noirs, puis décide de passer toutes les cuvées en nature en 2016.

Les vins natures, c’est une question de goût. Par contre le bio aujourd’hui, c’est juste anormal qu’il n’y ait pas tous les vignerons. C’est un choix collectif, un choix de société.

Aujourd’hui, vous ne trouverez donc plus que des vins vinifiés sans ajouts de levures, sans filtration, sans soufre chez Julien Albertus.

La conversion en “nature” n’est pas quelque-chose de facile. Au début, Julien avait forcément une petite crainte de mal faire ou de ne pas intervenir suffisamment, puisque cela allait à l’encontre de ce qui lui avait été enseigné lors de son parcours scolaire. Néanmoins, Julien Albertus teste, notamment sur le remontage de ses vins rouges. Il apprend finalement que la patience paie, et que le fait de ne pas intervenir tous les jours sur ses vins se révèle parfois bénéfique. Pour avoir goûter ses pinots noirs, c’est vrai qu’on est vraiment très loin de la représentation qu’on se fait des pinots noirs alsaciens, et c’est juste magnifique.

Aujourd’hui, il y a encore des tests à faire, et il y aura toujours des choses différentes selon les parcelles et les millésimes. L’enherbement est la prochaine étape avec peut-être bientôt a biodynamie. Son passage chez Zusslin l’a sans doute amené vers cette voie-là, mais l’objectif est de rapporter du vivant dans les vignes après des années de traitements chimiques. Julien Albertus est également convaincu par la philosophie de Steiner, le fondateur de cette agriculture alternative.

La clientèle

Pour les anciens clients, ces conversions ont été difficiles. D’après Julien Albertus, quasiment toute la clientèle originelle de KumpfetMeyer ont changé de crèmerie. Avant, la domaine proposait de bons vins “typiques”, classiques, conventionnels, et à très bas coûts. C’était un bon rapport/qualité prix pour quelque-chose de correct.

Forcément le passage vers des vins non filtrés, et vinifiés en nature, a décontenancé les clients d’avant. Et même si le tarif reste quasiment imbattable pour les vins natures, les bouteilles ont pris quelques euros à la conversion. C’est également un élément qui a pu jouer dans la perte d’anciens clients.

Néanmoins, les personnes les plus âgés ayant goûté son vin ont affirmé que ce dernier avait le goût “des vins d’autrefois”, dans un sens très positif.

Pour rester sur la clientèle, aujourd’hui Kumpf&Meyer n’a aucun mal à trouver des clients, que ce soit à l’export ou auprès de professionnels des vins bios/natures.

Julien Albertus, un vigneron passionné

“Le métier de vigneron est un métier de créateur”

Le vin nature est néanmoins une réelle philosophie pour Julien Albertus. La patte du terroir et surtout de l’homme s’exprime beaucoup plus quand l’intervention en cave est faible. Chaque petite décision prise par la vigneron influe sur le vin. Ce qui fait que le vin est la somme de milliers de paramètres différents. Et c’est cela aussi qui fait que le métier de vigneron est passionnant, et qu’il n’y aura jamais deux mêmes cuvées, même si le travail semble similaire, que le millésime était le même, et que la parcelle était proche.

Métier complexe passionnant car chaque année est différente. Fait ce qui lui plaît avant tout. Et ce qui lui plait, ça change. “Cuisine pas du tout comme avant”. Chaque petit changement dans les vignes ou en cave va changer le vin. Donc impossible de faire la même chose que les collègues, et la même chose d’années en années. C’est sans doute encore plus vrai sur les vins natures, o`le millésime n’est pas dicté que par le climat.

Les différents terroirs du Domaine KumpfetMeyer

On sent la passion et Julien a les yeux qui pétillent quand on parle d’un terroir, le Westerberg. Quand on aborde le Grand Cru Bruderthal de Molsheim, il hésite un peu plus, et cherche la petite étincelle qui justifierai l’appellation. Il expérimente donc, teste plusieurs choses, pour que le terroir se révèle. Y-a-t-il un cépage à privilégier par rapport à d’autres ? Finalement cette année, ce sera un assemblage, avec des raisins de cépages différents pressés ensemble.

Quand on évoque d’autres parcelles, il me parle d’une parcelle un peu à part, qui ne servait qu’à des coopératives et du vin en vrac. En quelques années en arrêtant les produits chimiques, cette parcelle s’est pourtant révélée.

Une question de goût

Le vin nature, c’est se réapproprier les terroirs et les vignes

Julien Albertus fait avant tout ce qu’il aime, et ce qui lui plait. Ca devrait être le cas pour tous les métiers, mais c’est sans doute encore plus vrai pour un vigneron : comment magnifier un vin si on ne l’aime pas soi-même ? Le vin nature, c’est avant tout une question de goût. Même s’il est convaincu par d’autres aspects sur la viticulture, c’est le goût qui guide ses choix dans la cave.

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Ainsi Julien n’aime pas trop les vins sucrés, vous savez les vins blancs alsaciens ultra-moelleux qu’on nous sort au moment de Noël ? En parlant de cépages, il n’apprécie pas vraiment les Pinots Gris et les Gewurztraminer, même vinifiés en sec. Néanmoins, des vignes sont là, elles sont plantées. Que faire alors ?

Julien Albertus fait des macérations sur ces cépages. Et ça, il aime, donc ces vins-là, il va les magnifier. Ca donne effectivement une dimension toute particulière à ces cépages, ce qui rend la chose très intéressante.

Ca goûte quoi ?

Et bien c’est bon 🙂

Même l’entrée de gamme “Y’a plus qu’à” est un vin qui était très sympathique. Je l’avais goûté quelques jours plus tôt dans un bar de la capitale alsacienne. Il faut dire qu’il goûtait meilleur dans la cave, comme quoi les humeurs, les jours, la compagnie, ça joue également sur la dégustation.

Le Westerberg était effectivement superbe.

Mais on commence à savoir que l’Alsace est capable de faire d’excellents – voir les meilleurs – vins blancs, vu la beauté, et la diversité de ses terroirs. Encore faut-ils qu’ils soient vinifiés correctement.

Mais ce sont surtout ses trois pinots noirs qui m’ont interpellé. L’entrée de gamme et “infrarouge” tout particulièrement. Ils étaient servis à la bonne température, avait de la texture tout en étant d’une belle buvabilité, bref, c’était de beaux vins rouges d’Alsace. Et ça, ça fait plaisir , et on en redemande !

 

Bref, vous retrouverez l’entretien avec Julien Albertus, qui parlera de tout cela bien mieux que moi. Vous vous ferez une meilleure idée du personnage et de sa façon de penser. Encore une belle découverte, merci à lui.

Pour écouter l'entretien audio : 

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Sommaire :

0’16 : Historique

6’20 Le goût des vins bio et natures

11’10 “Le vin est une construction personnelle”

18’45 Le mouvement des vins natures contre la standardisation

28’20 Le travail du sol et la main de l’homme dans la viticulture

34’00 La biodynamie

37’30 Le métier de vigneron est un métier de créateur

40′ Dégustations et présentation du terroir Westerberg

43’30 Discussion autour du Grand Cru Bruderthal, pas facile à aborder

48’35 Rapport entre les terroirs et les cépages, et les terroirs et la macération

51’25 Le nom des cuvées

52’25 La difficulté de ne pas intervenir en cave

56’45 l’évolution d’une parcelle

1’02’15 Les clients du domaine et le Pinot Noir

 

 

 

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