Labels écologiques et qualitatifs

Bonjour à tous,

Si vous avez bien suivi, hier, je vous ai parlé d’une fête des vins libérés, ou vins naturels. Forcément, la question qui turlupine pas mal d’entres-vous serait : « Vas ésch dés que les ‘f’ins naturels ? » (avec l’accent). C’est en tout cas la question à laquelle je vais tenter de répondre aujourd’hui, en faisant également quelques recherches sur les autres labels qui existent et avec lesquels je suis ou non familiarisé.

Je ne ferais pas ici l’historique de la création des différents labels, parce-que cela ne m’interesse que moyennement. Ce qui est intéressant, c’est de savoir ce qu’il y a (ou plutôt ce qu’il n’y a pas) dans la bouteille.

Vin issu de l’agriculture conventionnelle

 

conventionnel

La première catégorie, les vins conventionnels, corresponde tout simplement à l’absence de label. Les vignes peuvent alors être traitées par tout ce qui est légalement autorisé. Ainsi, des produits chimiques sont utilisés en préventif pour permettre aux vignes de résister aux maladies, parasites, conditions climatiques etc …
On peut reconnaître l’utilisation de ces produits chimiques dans les vignes en voyant qu’il n’y a aucune vie entre les rangées, que toutes les herbes sont brulées. Cela fait que le sol ne contient que peu de nutriments. Les racines de la vignes n’ayant plus à se battre pour se nourrir, elles ne sont pas très profondes. Elles ne s’impregnent donc pas du terroir.

L’utilisation de produits spécifiques se fait également directement avec le jus de raisins en chai. L’oenologue va « corriger » le défaut des vins, en ajoutant par exemple des levures pour la fermentation, pour changer les goûts, filtrer etc…

Cela donne des vins « techniques », « mécaniques » fabriqués par des oenologues. Certains sont bien faits, voir très bien faits, mais ils sont souvent fades et sans surprise.

Pourtant, l’écrasante majorité des vins sont issus de l’agriculture conventionnelle.

La façon de travailler de chacun de ces vignerons n’est pas inscrite sur la bouteille. Aller sur place ou se renseigner semble donc être un bon moyen de distinguer les passionnés et « industriels ».

Si la tendance s’inverse au cours des années pour favoriser les vins un peu moins traités, redynamiser une terre qui n’est plus « vivante », ainsi que des pieds de vignes souvent « atrophiés » prend beaucoup de temps.

Vins issus de l’agriculture dites « raisonnée »

Ce type de vins n’est pas toujours reconnu par un label spécifique. Il n’y a donc, à la vue de la seule bouteille, aucune différence avec les vins conventionnels.
Néanmoins, on ne peut pas vraiment toujours confondre l’agriculture raisonnée avec la catégorie ci-dessus. Les vignerons qui se réclament raisonnable utilisent les produits chimiques de manières modérée dans l’entretien de leurs vignes. Ils n’utilisent des pesticides qu’en cas de maladie pouvant ravager leurs vignes, ou alors très peu. Dans tous les cas, le caractère préventif est normalement écarté.

Le problème réside dans le fait qu’un label précis n’est pas toujours nécessaire, et donc que le cahier des charges définissant ce qu’est une utilisation « raisonnée » de produits chimiques est assez flou, et est très soumise à l’interpretation de chacun.
Certains vignerons vont être de bonne foi, et accusent les labels d’être un peu trop contraignants, ou les voisins d’utiliser des produits qui se dispersent sur les vignes d’à côté.
D’autres peuvent jouer sur les mots, et répondent au regard de plus en plus insistant du consommateur sur ces questions.

Seule la visite sur place, ou les recommandations tierces, peuvent déméler le vrai du faux.

Label Terra Vitis, un label de l’agriculture raisonnée

 

terra vitis

Il existe, mais c’est rare, des bouteilles qui affichent le logo « Terra Vitis ». Il s’agit d’un label qui garantie des vins issus de l’agriculture raisonnée en imposant un cahier des charges précis aux vignerons. Celui-ci comporte la gestion des déchets, l’entretien des sols etc … Il s’agit avant tout de respecter la vie biologique de la terre, et limiter les interventions chimiques au strict minimum.

Ce qui est assez intéressant dans la démarche, c’est que celle-ci provient des vignerons eux-même, et non pas d’un organisme extérieur. En effet, ce label rassemble des vignerons et a été fait pour justement distinguer l’agriculture raisonnée de l’agriculture conventionnelle, autour de certaines valeurs partagées par ces vignerons.
Bien sûr, le label a par la suite été reconnu par le Ministère de l’Agriculture, mais c’est une initiative de la société civile à la base. Des vignerons qui font cela par choix et non pas par contrainte, c’est toujours mieux.

Les vins bios, issus de l’agriculture biologique

biologique

Ah ça, c’est un truc qu’on connaît et qu’on a déjà tous vus ! A gauche, le logo biologique français, à droite, l’européen.

Bon, j’ai dit que je ne parlerai pas de dates, mais il y en aura quand même une dans ce billet : 2012. Avant 2012, les vins « bios » qui avaient l’étiquette ci-dessous de gauche était soumis à la seule exigence d’être issus de vignes cultivées en « bio ». A savoir pas de pesticides, herbicides, engrais chimiques … bref, comme les concombres bio quoi !

Depuis 2012, il existe des spécificités propres aux vins, et qui concernent en plus de la viticulture toute la vinification. Ainsi, le taux de sulfites est contrôlé (entre 100 et 150 mg/L maximum), les intrants sont autorisés mais limités qualitativement (levures bios, sucres etc…).

En gros, c’est un vin plus respectueux de l’environnement, et qui utilise des produits bios pour corriger les « défauts » du vin.

Néanmoins, les critères bios sont tout de même considérés comme assez permissifs par certains. Il convient en effet de s’intéresser une fois encore au vigneron afin de savoir si le choix du bio est conforme à ses convictions, ou s’il essaie juste de surfer sur une vague à la mode.

Les vins biodynamiques

demeter

Demeter n’est pas la seule certification des vins biodynamique, mais c’est la plus « courante ». On peut également citer « Biodyvin » comme un labl de biodynamie. Comme pour les autres catégories ci-dessus, certains vignerons seraient susceptibles d’appliquer ces critères mais ne souhaitent pas forcément avoir ces différents labels.

L’agriculture biodynamiques est forcément biologique, mais elle va beaucoup plus loin. La démarche principale vise à respecter la culture du vivant. Il s’agit de suivre les cycles lunaires et d’appliquer des doses homéopathiques de différents produits naturels un peu ésotériques, à des moments précis. Etrangement, cela semble fonctionner !

L’agriculture biodynamique se fonde sur les travaux d’un agronome autrichien du nom d’Adolph Steiner autour de trois grands principes :

  • Application de produits naturels (végétal ou animal) en remplacement des produits chimiques pour renforcer les sols et les plantes ;
  • – Application à des moments précis respectant les calendriers planétaires et lunaires ;
  • Travail en labour de la terre.

Les viticulteurs en biodynamie semblent parfois un peu ésoteriques, selon leurs approches. Pour certains, il s’agit d’autres méthodes pour protéger les vignes que l’utilisation de produits chimiques. Pour d’autres, c’est une réelle philosophie de vie.

On estime que seuls deux pourcents des vignerons travaillent en biodynamie.Néanmoins, vu l’émergence de ce terme chez les cavistes et restaurants, cela devrait aller en croissant.

Il s’agit néanmoins d’un mode de viticulture qui semble contraignant sans un minimum de passion pour le vivant. Pourtant, cela peut porter ses fruits en proposant des vins plus aboutis, et une meilleure connaissance du vigneron pour ses vignes. En effet, ces dernières sont plus « libres », n’étant plus traitées préventivement, et demandent donc une attention différente.
De plus, les vignes n’étant plus « maternées » chimiquement, elles doivent se battre naturellemnt pour aller chercher des ressources dans le terroir. Cela donne des vins plus expressifs, dûs en partie aux racines qui creusent plus profondément.

Au chai, le label demeter autorise encore moins d’intrants que dans les vins biologiques, mais il en autorise tout de même issus de produits naturels. Pour reprendre l’exemple du souffre, il est autorisé jusqu’à 90 mg/L en totalité (et non pas en ajout).

Les vins naturels

Il n’existe pas de labels pour les vins naturels, mais des associations où les vignerons peuvent se regrouper, en respectant des cahiers des charges, mais aussi en discutant sur leurs méthodes de travail.

Dans ce cas là, seuls 30 à 40 mg/L au total de souffre naturel sont autorisés pour éviter la déviance de certaines cuvées selon les années ou encore le climat. Il s’agit du seul intrant autorisé, et certains vins naturels n’ont rien de rajouté (comme leurs noms l’indiquent initialement). Il s’agit d’ailleurs d’un idéal.

L’idée est de respecter au maximum la vraie nature du jus de raisin, sans chercher à modifier ce qu’il est, mais en l’accompagnant plutôt au sein des différentes étapes de la vinification.

Cela fait des vins avec des vraies identités, un peu déroutants pour certains (et j’en parle en connaissance de cause), surtout si ces derniers ne sont pas du tout filtrés par exemple. Dans tous les cas, cela apporte beaucoup de reliefs, et permet au vivant et au vigneron de s’exprimer aux travers de ce produit fini.

Vins S.A.I.N.S

WWWas ? Encore une nouvelle catégorie ? Les vins S.A.I.N.S vont encore plus loin en éliminant totalement la possibilité d’ajout de souffre naturel. Aucun intrant. Des Vins Sans Aucun Intrant Ni Sulfite, voici ce qui signifie cet acronyme.

Hierarchie des labels écologiques

L’affiche ci-dessous faite pour l’association des vins S.A.I.N.S. résume la « hierarchisation » en terme d’intrants et quantité de sulfite admise par chaque catégorie. Il existe des quantités de souffre naturellement présente, donc un vin sans sulfite n’existe pas, ce sera sans sulfite ajouté.

Juste « Du raisin et de l’amour », c’est ce qu’on retrouvera dans la bouteille.
Il s’agit néanmoins d’un pari risqué sur certaines cuvées, et peut reserver de très belles surprises, comme des déceptions. C’est avant tout un choix idéologique qui vise à respecter coûte que coûte le vivant et le produit du raisin, peu importe les risques.

Conclusion

L’utilisation de labels permettent principalement – à mon sens – au consommateur de s’y retrouver s’il ne connaît pas un domaine. Cela permet en effet d’être sûr du respect d’un certain nombre de choses imposés par le cahier des charges.

Néanmoins, vu la popularité des dernières catégories, il est possible que certains vignerons se mettent à se convertir pour de mauvaises raisons. S’il s’agit d’une bonne chose sur le long terme, seul la visite directe chez le vigneron, ou le témoignage de certains, pourront permettre de vraiment comprendre le travail des vignes, et la nature du vivant qu’il y a derrière certaines bouteilles.

Il est possible que j’ai fais quelques approximations vis-à-vis de certains labels que je connais peu. Il s’agit aussi de mon interpretation. Si cela est le cas, n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires 😉

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