DSA #2.4 : « Les ignorants » d’Etienne Davodeau

Tout simplement excellent.

Bonjour à tous, c’est Adrien !

Aujourd’hui je vais vous parler d’un livre, ou plutôt d’une BD, Les ignorants: Récit d’une initiation croisée. Je ne suis pas particulièrement un grand amateur de BD, mais celle-ci m’a été conseillée. Et franchement, j’ai bien fait d’écouter les conseils ! C’est une vraie belle découverte !

Il s’agit donc de l’histoire d’Etienne Davodeau, auteur de bande dessinée, qui décide d’aller passer un an bénévolement chez Richard Leroy, un vigneron des Coteaux-du-Layon. Etienne n’y connaît rien en vin, et Richard n’y connaît rien en Bandes-Dessinées. Ils vont donc chacun se transmettre plus qu’un travail, une passion et un mode de vie.

Les 7 raisons de lire les « Ignorants »

1. C’est chaleureux

On a vraiment l’impression d’être avec les personnages, au fur et à mesure des découvertes des deux « héros ». Que ce soit dans les vignes, le chai, ou les salons de bandes dessinées, les échanges entre les personnages sont chaleureux, et on a l’impression d’être avec eux, à participer aux discussions.

Cette belle immersion est aussi dû aux caractères différents des personnages, à leur complicité, et à leur forte ouverture d’esprit.

2. Ca correspond à un rêve

Passer une année de sa vie à concilier son travail et une passion à la découverte d’une nouveau métier, c’est une belle expérience qui fait rêver non ?
Que ce soit pour le vigneron et l’auteur, les deux ont découvert une autre facette du monde, des points communs, et surtout de belles surprises dans les deux cas.

3. C’est complet

Vu qu’Etienne Davodeau a passé une année dans les vignes, on a tout le processus de formation du vin qui est détaillé. Cela commence par le fait de tailler les vignes en hiver, un travail « invisible » du grand public, jusqu’à l’accompagnement du jus de raisin dans le chai.

La mise en perspective et l’apport d’information est également apporté par les discussions entre vignerons, donc entre professionnels.

4. C’est illustré

Oui bon évidemment c’est illustré puisqu’il s’agit d’une BD. Mais dans le cadre de « découvertes », le dessin précis d’Etienne Davodeau permet de bien saisir les différents aspects de la viticulture par exemple.
Les tailles et autres « machines » sont bien dessinée et nous permettent non seulement de faciliter l’immersion, mais également de mieux imprimer le savoir transmis.

 

Dans le cadre d’une assimilation d’information, le visuel peut jouer un grand rôle. Par exemple, la scène de fabrication d’un tonneau en bois est très précise, et je pense que l’image s’ancre plus facilement. C’est le cas également de l’application de la 501, de la silice. Toute une scène se passe avant que le jour ne se lève, on fait donc rapidement l’association entre les effets recherchés et l’application de ce préparat biodynamique.

5. C’est accessible et humain

Vu que c’est écrit par quelqu’un qui ne s’y connaissait pas en vin, c’est plus facile pour un « néophyte » (comme dirait Nicolas Joly), d’accéder au monde du vin par ce biais là. Il y a parfois un petit côté comique qui s’ajoute à cela, que ce soit par la confrontation de deux mondes, mais aussi des images comme celles-ci :

 

Bien entendu, le trait est grossi sans doute entre le vigneron passionné et qui connaît beaucoup de choses en vin, et l’illustrateur qui a le palais « grillé » après quelques dégustations. Mais le côté pédagogue des deux personnages dans chacune de leurs passions est très instructif.

6. Cela montre une vision plus « humaine » de la biodynamie

Pas d’ésotérisme de la part des différents vignerons biodynamistes présentés dans cette BD. Richard Leroy serait venu à la biodynamie en goûtant les différences de viticultures d’un vigneron. Les vins bio dynamiques lui parlaient plus, même s’il y avait un côté inexpliqué dans les différentes préparations détaillées dans la bande-dessinée. « On début, on y croit pas » affirme Richard. Mais tant que cela fonctionne, et que le vigneron garde un rapport avec ses terres, c’est qui importe.

Cela ne veut pas dire que le « goût » n’est pas important. C’est même un objectif. Un autre vigneron présenté dans ce livre avait la certification pour apposer le logo « Agriculture Biologique » sur ses bouteilles, mais refuse de le faire. Il ne souhaite en effet pas que ses vins se vendent pour ce label commercial, mais parce-que les consommateurs aiment son vin.

Cela demande un très grand travail en amont dans les vignes (par rapport à la viticulture conventionnelle), pour qu’ensuite le vin se fasse tout seul dans les barriques. La proximité physique et mentale entre le vigneron et ses vignes est alors extrêmement importantes, là où accessoirement d’autres vignerons ont besoin de drones pour surveiller l’état de leurs vignes parce-qu’ils ne sortent qu’en combinaison.

7. Cela montre une autre vision sur la dégustation

Richard Leroy n’est pas tombé dans la vigne tout petit. C’était avant tout un dégustateur. Et il raconte autour d’une dégustation de grands vins millésimés 1989 (donc très bien côtés) que finalement ce n’est plus ce genre de grands vins qui l’intéressent. Mieux, Etienne Davodeau, à l’aveugle et en tant que « simple consommateur », trouve qu’un Saumur de 2008 vaut largement la prestigieuse dégustation.
Il y a également un passage où l’on voit un des « inspecteurs » de Parker qui vient noter un vin de Richard Leroy sans daigner regarder le travail ou le terroir du vigneron, en sortant le vin de son contexte.

Cela illustre à mon sens trois valeurs sur ce que devrait-être la dégustation :

  • Le goût est une affaire personnelle, et il vaut mieux se tourner vers un vin qu’on aime qu’un vin qui « coûte cher » ou « est bien noté ». Ce qui est important est le plaisir, mais seul le « néophyte » s’y autorise.
  • Le vin, c’est « un truc pour se détendre », c’est un point de rencontre entre les gens.
  • Un des points important est que le vin reflète le terroir et la façon de travailler du vigneron.

En effet, beaucoup de vins « font tout pour ressembler à ce qu’on impose au public ». C’est parfois très rafraichissant de sortir des sentiers battus. Les visites des domaines et la compréhension du travail des vignerons permettent également de « ressentir le vin », de « boire un vin qui parle de la terre à notre corps ».
Richard Leroy affirme par ailleurs être sortie de l’appellation afin de gagner en Liberté. Un autre vigneron continue en disant faire les vins qui lui plaisent maintenant, au fil des changement de ses goûts, malgré les critiques que cela peut susciter. Un vigneron qui n’aime pas ses propres vins pourrait-il en faire des bons pour la majorité ?

En conclusion

En bref, cette BD devrait être la première chose à lire pour les nouveaux amateurs de vin, puisqu’il explique en romancée et illustré les différentes étapes de la viticulture, mais aussi de la vinification. De plus, il n’y a pas le côté pratico-pratique du « comment déguster un vin », ici, on parle d’histoire de personnage, de la vigne et du vin.
C’est également une approche plus « humaine » de la biodynamie, où on voit plus un vigneron amoureux de son terroir et de ses vignes, qu’un scientifique ésotérique.

Enfin, d’un point de vue divertissant, on se plonge totalement dans le récit, dans les traits d’Etienne Davodeau.

Je recommande donc chaudement cette Bande-Dessinée : Les ignorants: Récit d’une initiation croisée ou chez votre libraire préféré.

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