Pet’Nat, les pétillants naturels (vins snobs ?)

Quitte à continuer sur les vins effervescents, je me suis dit que ce serait intéressant de rester encore un peu en Alsace, avec des vins que l’on fait aussi avec talent : le Pet’Nat. Il n’y a bien entendu pas qu’en Alsace qu’on en fait, mais ça fait toujours plaisir de se fournir localement.

Une fois encore, pas question d’introduire une notion hiérarchique entre le Pet’Nat et d’autres vins effervescents, puisque ce sont des vins différents, à boire et partager dans des conditions différentes.

Pour être sincère, je n’ai appris l’existence de ce vin pétillant il n’y a que peu de temps. Et depuis, j’ai l’impression d’en voir fleurir partout : dans les bars, chez les cavistes, jusqu’à voir les bouteilles alsaciennes que je trouve ici au Japon sur les fils d’actualité Instagram !

Pour faire court, c’est un vin qui est naturellement pétillant, avec le moins d’intervention de l’homme possible. Cela donne des vins plus léger en bulles, en alcool, en sucres, avec des arômes de fruits, parfaits pour un apéritif.

 

Je voudrais un vin pétillant light s’il vous plait !

Dans les vins effervescents que l’on a déjà vu, on utilise la méthode dites traditionnelle. Cette méthode nécessite l’ajout d’une liqueur de tirage, de sucres, afin que le vin reparte en fermentation. Elle nécessite également l’ajout d’une liqueur de dosage – encore du sucre-, après le dégorgement, afin de donner la teneur en sucre résiduel souhaitée.

Ici, nada, il s’agit d’un vin « sans sucres ajoutés ». Oui, ça fait un peu marketing à deux balles. Donc on va plutôt parler de la méthode.

Méthode d’élaboration du Pet’Nat

C’est sans doute la méthode la plus ancienne pour fabriquer des vins pétillants, vu sa simplicité théorique et naturelle. Le Champagne était initialement fait comme cela, avant que fut découvert la « méthode champenoise ». Aujourd’hui, cela s’apparente à la méthode gaillardise ou au processus de fabrication de la blanquette du limoux, dont on avait parlé précédemment.

Le pétillant naturel utilise la méthode ancestrale, également appelée artisanale, dioise ou encore rurale selon les régions, mais cela est peu important. Voici comment on pourrait la simplifier :

  • Les raisins sont pressés. Le jus commence une fermentation alcoolique.
  • A peu près à la moitié de cette fermentation, on fait chuter la température afin de stopper l’action des levures sur les sucres (cela peut se faire naturellement avec l’arrivée de l’hiver).
  • Ensuite on met ce jus directement en bouteille.
  • Avec l’arrivée du printemps, les températures remontent et la fermentation alcoolique continue. Il y a donc une prise de mousse, causée par les levures qui continuent de transformer les sucres en alcool mais surtout en dioxyde de carbone (d’où les bulles naturelles).
  • Remuage et dégorgement, afin d’enlever les levures mortes de la bouteille.
  • On rebouche la bouteille définitivement, mais sans rajouter de liqueur de dosage. Le sucre contenu dans la bouteille sera celui des raisins qui n’a pas été transformé par les levures.

 

Le Pet’Nat est-il un vin snob ?

En faisant quelques recherches pour cet article, je suis tombé sur un article d’un blog que je lis régulièrement : l’article des 5 du vin. Il s’agit d’une chronique de Monsieur Bulles, qui, sans faire non plus de sectarisme, est plutôt négatif vis-à-vis de l’engouement fait autour du Pet’Nat’.

L’article est intéressant, et je suis d’accord avec certains points évoqués dans cet article. Néanmoins, affirmer que le Pet’Nat est un vin snob est totalement faux. Pour moi, il s’agit exactement du contraire.

Le Pet’Nat est un vin à boire entre potes

Le Pet’Nat permet de rendre accessible et souhaitable les vins effervescents entre potes, « à la cool ». Je suis fan de Crémant, mais je ne sortirai pas mes flûtes à l’arrache si des amis arrivent à l’improviste. Par contre un Pet’Nat, ça passe tout seul !
C’est un vin léger, appétant, sans prise de tête.

Les autres vins effervescents français sont en général associés aux « grandes occasions », fait de fêter des évènements. Ici, on ne fêterait que le fait d’être réuni entre amis, et ça, c’est déjà bien.

Le Pet’Nat serait un vin présenté au sommet de la pyramide

Les vignerons qui le font en Alsace font également des Crémants. Les deux se boivent dans des occasions différentes. L’un des plus connus et que j’apprécie beaucoup est le « Obi-Wine Keno Bulles » de Geschickt. Si mettre cela sur une étiquette démontre un snobisme, une prise trop au sérieux, ou une volonté de hisser ce vin au top de l’élégance !

Certes, l’article affirme exactement la même chose concernant les vignerons. Néanmoins, j’ai du mal à imaginer un sommelier « snob » vendre ce vin d’une manière totalement sophistiquée, ou pouvant même le vendre deux fois le prix d’un autre vin.

Le prix prouve son snobisme

L’un des arguments avancé dans l’article consiste à dire que le prix des Pet’Nat n’est absolument pas justifié. Un prix élevé consisterait donc à prouver le snobisme de ce produit. Les prix que j’ai trouvé allaient de 10 euros 50 départ cave à une vingtaine d’euros sur des sites de vente en ligne (mais ce sont les prix en France, donc à comparer avec les prix canadiens, vu que l’auteur vit à Montréal).

Ce n’est effectivement pas rien, surtout si l’on souhaite comparer au Crémant d’Alsace, qui se situe à peu près dans cette gamme de prix. Le Crémant ayant une image plus « noble », et étant très bon – on ne le rappelle jamais assez -, on pourrait se demander si le prix est justifié.

Le cas de la bière… industrielle… en canette

Néanmoins, j’ai pris un autre comparatif. Je n’aime pas la bière (ce qui justifie mon engouement pour d’autres formes d’apéritifs), mais je me suis dit que c’était le produit à priori anti-snobisme de référence. Pour rester dans la référence, je n’ai pas pris des bières artisanales, mais les industrielles vendues en grande surface. En gros, une canette de 25cl coûte environ un euro. Ce qui fait que si on est 6, on va dépenser 6 euros pour se faire une bière en petite canette (super soirée…).

Dire que mettre cinq euros de plus à 6, par rapport à une canette de 25cl de bière, est élevé et une marque de snobisme, c’est totalement hors-de-propos.
De plus, la bouteille de Pet’Nat permet de faire ce que ne pourra pas une canette, à savoir le partage et la convivialité inhérents au vin. Ce sont des notions que je mettrais en opposition au snobisme également.

Les autres vins

Enfin, si l’on préfère comparer à d’autres vins plutôt qu’aux bières, on se rend compte que le prix n’est pas seul facteur de snobisme. En effet, certains Bordeaux Supérieurs (beaucoup de Bordeaux, et de plus en plus, sont excellents, mais ça illustre bien le propos) vendus 6 euros en supermarché me paraissent bien plus « snobs » dans leurs présentations, puisque c’est leur image de fabrique.

Bon, j’ai pris un cliché, et il existe évidemment d’autres vins à boire entre amis que les Pet’Nat, qui sont excellents et dans les même gammes de prix. Mais la diversité est une chose positive quand elle est qualitative. Sinon, on tournerai dans le monde uniquement avec trois cépages.

 

Conclusion

Là où je rejoins l’auteur de cet article, c’est que si l’engouement pour ces vins dépasserait celui des autres vins d’appellation, j’en serai le premier désolé. Le Pet’Nat, c’est sympa, mais dans certaines occasions uniquement.
Néanmoins, je trouve cela très positif que cela existe, et s’il y a une demande, c’est très bien aussi. Je préfère une demande sur ce type de produit, ou des bières artisanales, que sur des produits industriels.

De plus, on peut sans doute affirmer (mais je suis limité par de faibles connaissances historiques) que celui qui a introduit pour la première fois le fait de mettre un liqueur de titrage dans un champagne a du s’attirer les foudres d’une partie de la profession. Au même titre que celui qui a appliqué la méthode champenoise pour la première fois en Alsace. Lynchés, alors qu’aujourd’hui cela nous paraît normal.
Ici, on ne parle même pas d’une nouvelle méthode, mais d’une ancienne.

Je suis plutôt conservateur dans pas mal d’aspects du vin. Mais tant que le produit n’utilise quasiment que des raisins, et respecte la terre, je me dis que ce n’est pas une mauvaise chose.

Guénaël, luttons plutôt contre les vins bleus, les rosés-pamplemousses, les kirs pétillants vendu tout préparés (pour rester dans le sujet de votre blog) ou autres inepties, avant de taper sur des méthodes qui ont pu être traditionnelles auparavant. Les goûts évoluent toujours un peu, l’important est d’avoir le respect de la matière première.

Crédit photo : la 1ère et la 2nde, Reinhard Gessl

 

 

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2 commentaires

  1. Bonjour, je pense que votre lecture (de mon article) est quelque peu erronée ou interprétée à votre façon, puisque loin de négliger les Pet’Nat ou les autres méthodes qui engendrent des vins effervescents (9 livres consacrés au sujet depuis 20 ans prouve, je pense, que je fais partie des mordus et des défenseurs de la cause, d’autant plus que je vais sur le terrain à la rencontre de ces vignerons du monde entier), je “les repositionne” sur le marché de plus en plus vaste des bulles. Je mentionne d’ailleurs l’humilité des vignerons qui en élaborent. Je m’adresse uniquement dans ces lignes à quelques sommeliers ou représentants en vin qui exagèrent parfois, peut-être par passion, avec leur façon de vendre les pet’nat, au risque de faire peur au consommateur profane, voire de le décevoir. Je ne tape sur personne, ni sur aucune méthode qui engendre des bulles, j’ai même consacré un livre à Limoux qui, comme vous le savez, fait partie des rares appellations à avoir un cahier des charges consacré à la méthode ancestrale. En général, quand je n’aime pas ou que je trouve absurde (vin bleu et autre ersatz que vous mentionnez), je n’en parle même pas, je m’abstiens, car je n’ai pas de temps à perdre. Sur la question des Pet’Nat, j’ai simplement poussé un cri d’alarme sur la forme, pas le fond. Et je pense faire partie de ceux qui luttent, justement, depuis des années contre les inepties viniques. Et qui ose le dire et l’écrire. Je suis d’ailleurs ravi que cela ait permis un modeste débat en Alsace… au plaisir

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