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Jean-Marie Bechtold

 

L’enregistrement durant une vingtaine de minutes, je vous la propose en version audio, car je trouve cela plus pratique personnellement pour écouter ce genre de format.

Néanmoins si vous préférez le format vidéo :

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Gérard Blaess, vigneron à Marlenheim

J’ai croisé pour la première fois Gérard Blaess à un salon de vins natures chez Christian Binner. Il était à un stand des nouveaux vins natures de la région. J’ai goûté son vin, le 600 de la vigne, après beaucoup d’autres, et j’ai accroché. Le vigneron était humble, disponible, et nous avait proposé de passer à Marlenheim plus tard.
Comme je pensais de toute façon commencer mon parcours de la route des vins par le Nord et le Grand Cru Steinklotz, cela faisait une belle occasion pour se donner rendez-vous.

En Octobre, les couleurs sont magnifiques dans les vignes alsaciennes, mais le soleil commence à se coucher de plus en plus tôt. Georges Blaess ayant un autre travail que celui de vigneron, on se donne rendez-vous dans les vignes alors que le soleil commence à se coucher.
On convient qu’il faut quand même voir les vignes pour comprendre le travail de fond qui est fait.

 

On est sur une parcelle de Pinot Gris dans le Steinklotz, le Grand Cru le plus septentrional de l’Alsace.

Dans les vignes, dans le Grand Cru Steinklotz

La première chose visible et qui me marque à ce moment-là de l’année (on est fin Octobre), c’est que quasiment toutes les feuilles de ses vignes sont tombées, alors que les rangs d’à côté sont encore très fournis. Gérard Blaess m’explique que c’est naturel que les feuilles soient tombées à cette période de l’année. Les autres vignes sont renforcées d’engrais, et leur feuillage est artificiellement gonflé. On peut remarquer que certaines parcelles contiennent des vignes ayant un feuillage quasiment vert, ce qui montre une vitalité anormale.
Le but pour Gérard est d’avoir l’aoûtement (le bois des rameaux qui durcit et tourne au brun) le plus tôt possible.

Il me montre également la façon dont il va tailler cet hiver les pieds de vigne, et les effets de la grêle du 3 Juin. « Les raisins ont été peu attaqués, mais cela va être difficile de trouver des bois pour l’année prochaine ». On effet, on remarque que les rameaux des vignes sont parfois attaqués. Or, lors de la taille, il va falloir sélectionner deux sarments porteurs. Il y aura donc un choix à faire sur les branches les plus solides pour cela.

Gérard Blaess pratique également la méthode du tressage, utilisée également par Zind-Humbrecht et Florian Beck-Hartweg, donc plutôt signe de qualité. Il me dit le rognage pour une vigne, c’est comme si on coupait la tête à quelqu’un, ça ne va pas aider le reste du corps à aller mieux.

Il reste un peu de raisin ici et là, et le muscat était excellent !

Gérard Blaess m’explique qu’il y avait à l’époque sur son rang le plus à l’extérieur des arbres vergers. Vu qu’il ne travaillait pas en conventionnel dès 1997, dès le début, il a encore un sol fertile. « Pendant 20 ans encore, je suis tranquille ». Au début, il avait mis quelques plantations de pommes de terres entre ses vignes, mais vu que la terre était trop fertile, ça lui produisait d’énormes quantités ! « Si c’était à refaire aujourd’hui, je ferais différemment ». Mais il a appris au fil des années, et c’est ce qui rend la chose intéressante.

Il me montre que certaines parcelles sur le Steinklotz dépassent largement le rendement autorisée par le Grand Cru (limités à une cinquantaine d’hectolitre par hectare). Certains préfèrent abandonner l’appellation et la qualité pour avoir une très grosse quantité de raisins.
Il n’est pas dans cette optique, puisqu’il souhaite avoir le moins d’yeux possible, sur une surface foliaire importante. Pour cela, il fait une taille courte, et il n’y a que 20 cm entre la 1er et le second fil. Ainsi, si ses vignes sont moins hautes, la surface en est quand même plus importante.

Ce travail de palissage demande du temps, donc Gérard Blaess se rend sur certaines périodes clefs directement après le travail dans ses vignes. Les vendanges se font en caissettes dans ses vignes.

Historique

En 1997, la question de reprendre les vignes familiales se pose. Gérard Blaess décide de les reprendre, et plante en 1998 du Pinot Gris. Sans doute planterait-il un autre cépage aujourd’hui, puisqu’il est amateur de vins plutôt secs.
Dès le début, il travaille de façon biologique, après un mini-test de produits phytosanitaires. Il fait des tests et mets ses raisins en 2000 en coopérative.

Un truc qui l’a fait se lancer, c’est que son père faisait un vin à la maison sans trop d’équipement. Et ce vin était bien meilleur que ce qui était servi majoritairement. Cela l’a incité à vouloir se lancer dans la vinification. Ca m’a un peu rappelé le vin des paysans géorgiens face aux vins industriels soviétiques
A Marlenheim, il n’y a quasiment pas vignerons en bio, et une immense majorité en coopérative.

Donc avec humilité, Gérard Blaess prend un an pour se former, des cours du soir et fait des stages chez d’autres vignerons, pour apprendre à faire du bon vin. Il sort son premier millésime en 2009. Et force est de constater qu’aujourd’hui, ça fonctionne très bien.
Pourtant, avec un demi-hectare, il est le plus petit vigneron embouteilleur d’Alsace !

Il a aujourd’hui donc aujourd’hui deux métiers. Parcequ’actuellement, la viticulture, c’est une passion mais il n’en vit pas. En effet, Gérard Blaess produit environ 3500 bouteilles par an. L’objectif serait évidemment d’équilibrer ses deux travails, en ayant un demi voir un hectare supplémentaire.

On est ici chez lui, dans son jardin.

La vinification

Les appareils sont plus petits que sur d’autres grands domaines, mais il y a justement un côté plus « accessible » qui fait qu’on assimile plus facilement les informations.

Ici un pressoir pneumatique de 8 hectolitres, il délègue la mise en bouteille mais étiquette lui même chaque bouteille.

En dessous on arrive dans une pièce avec de multiple contenants. L’inox donnerait un côté aromatique tandis que le bois accentuerait le côté minéral. Mais les barriques ont un coût non négligeables.

Sur ces vendanges, Gérard Blaess n’a pas eu assez de Pinot Noir, et les a donc mélangé au Pinot Gris. Vinifié comme un vin blanc, ces assemblages peuvent donner de très belles choses, comme on a pu le constater il y a quelques jours avec le Granit 2015 de Florian Beck-Hartweg par exemple.

Le reste de Pinot Auxerrois a été mis dans des contenants différents. C’est du coup très intéressant, car on peut voir les différences des effets de l’élevage sur des raisins issus d’une même parcelle. Ici par exemple, on voyait le CO2 issu de la fermentation alcoolique s’échapper de la barrique, tandis que rien ne bougeait du côté de la cuve en inox.

Au niveau du goût on avait du coup des choses complètement différentes, d’autant plus que le degré d’avancement dans la fermentation était différent aussi. Sans dire que l’un était « meilleur » que l’autre, les deux étaient vraiment intéressants.

Gérard Blaess propose également un vin naturel, « une évolution logique », après avoir goûté ce qui se faisait chez d’autres vignerons. Ses autres vins ont le label AB, certaines cuves étant un peu soufrées.

« Il ne faut pas stresser », le maître mot est de rester patient en vinification. Il me cite l’exemple d’une cuve qui avait une odeur de réduction. Tandis que tout le monde lui conseillait de traiter, il a décidé de ne rien faire. Et cette odeur s’est dissipé d’elle-même au fil du temps.
On peut comprendre qu’on a envie d’agir dès qu’il y a le moindre signe de déviance sur une cuve, mais Gérard a appris à être patient avec l’expérience. La nature est en général bien faite, il ne faut pas stresser.

Il est par contre déjà arrivé qu’une de ses cuves aient subit une autre fermentation non volontaire en bouteille. C’est une prise de risque, mais ce sont des bouteilles qui apparemment seraient également demandés, car le côté pétillant peu également séduire.

Ses vins

Gérard aimerait faire plus de dégustations, mais il a une vie déjà très remplie ! Il continue néanmoins à s’améliorer à travers des cours de dégustations, notamment au CFPPA de Rouffach.

On a donc commencé par cet Auxerrois Sec 2015.

Etrangement, la première bouche semble sucrée, alors que ce vin contient moins de 2 grammes de sucre résiduel. En effet, dès la deuxième gorgée, on sent moins ce côté “sucré”, mais plus les fruits à chaire blanche. Avec ce temps qui se refroidit, Gérard Blaess conseille une raclette, et c’est vrai qu’on imagine très bien ce vin blanc fruité et sec se marier avec.

Le second vin goûté est le fameux “600 de la vigne”, goûté chez Christian Binner plus tôt.

Déjà une petite parenthèse sur l’étiquette à l’arrière, que je trouve très sympa ! On parlait justement du manque de transparence sur ce qu’est un vin naturel. Ici, beaucoup de choses sont détaillées, et le vigneron a l’humilité de mettre “dit naturel”. Le procédé est écrit noir sur blanc !

L’étiquette est assez sympa à l’arrière. On parlait justement du manque de transparence de ce qu’est un vin naturel. Ici, le procédé est écrit noir sur blanc !

J’avais un vague souvenir de ce vin. J’avais juste noté que je l’appréciais, mais après en avoir dégusté de nombreuses dizaines, il me paraissait un peu moins expressif à l’époque. Ici, on a du relief et une spécificité propre. La couleur est ambré, on sent bien le bois (sans que cela prenne le dessus), et on a un vin salin et sur le poivre blanc.

Gérard me dit que c’est un vin qu’i vend bien, et il est effectivement excellent !

Au final, ce sont de très beaux vins, faits par un vigneron passionné. Les prix de vente de ses bouteilles sont très (très) intéressants pour cette qualité. Au cas où vous êtes dans le coin, ça se passe ici.

Merci encore à Gérard pour sa disponibilité, sa pédagogie et les deux heures qu’il m’a accordé.

Dégustation au Domaine Zind-Humbrecht

La biodynamie chez Zind-Humbrecht : 15 ans de transformation

Turckheim

La journée avait pourtant mal commencée : je me suis réveillé avec le nez bouché. J’ai donc fait des pieds et des mains pour m’occuper de cela car je l’attendais avec impatience cette dégustation !
Quand j’ai vu passé l’invitation pour “La biodynamie chez Zind-Humbrecht : 15 ans de transformation » sur Facebook, je n’ai pas hésité longtemps, et ce pour plusieurs raisons :

  • Parce-qu’on va parler de terroirs alsaciens, et que je souhaite en savoir d’avantage sur ces derniers (voir précédente vidéo).
  • Parce-qu’on va parler de biodynamie, et c’est également un sujet qui m’intéresse beaucoup.
  • Parce-que Zind-Humbrecht, c’est un grand nom des vins biodynamiques alsaciens, et que je n’en avais goûté qu’un seul pour le moment.
  • Et enfin, parce-que faire le comparatif de pratiques différentes sur un même terroir s’annonçait être très intéressant. Il y a en effet souvent une lutte sur les goûts (même s’ils sont subjectifs) dès qu’on parle des vins biodynamiques.

Quatre bonnes raisons donc d’aller à Turckheim, bravant une fine pluie qui ne durera pas.

Zind-Humbrecht

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A contre-courant

l'affiche de l'évènement

 

Depuis samedi en Alsace, on a le droit à un magnifique été indien. Le ciel est bleu, il fait chaud, les bateaux-mouches sont découverts à Strasbourg… et on a de magnifiques couleurs dans les vignes !

 

Vignesauxcouleursdelautomne

Des vignes alsaciennes au mois d’Octobre

Tous les avantages de l’automne, mais avec des températures printanières, n’est-ce pas magnifique ?

Je suis donc allé avec un ami chez Philippe Brandt qui organisait un « salon de dégustation » plutôt orienté bio, biodynamie et/ou nature, avec, en toute apparence, quelques-uns de ses amis vignerons.

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Qu’est-ce qu’un vin naturel ?

En ce moment, de nouvelles polémiques refont surface sur les réseaux sociaux concernant les vins dits naturels, ou encore nature. C’est un terme qui est depuis quelques temps déjà décrié par les adeptes de vins “traditionnels”, et ce pour deux raisons :

  • Ce terme sous-entend que toutes les autres formes de viticultures et vinifications ne sont pas “naturelles”, y comprit le bio et le biodynamique.
  • Car sans l’intervention de l’homme (sous-tirage, foulage, pressurage etc…), le vin ne se ferait pas. Donc le côté “naturel” est également un peu flou.

Bref, c’est un terme trop souvent utiliser pour différencier deux camps.

Pourtant, le vin naturel ne cesse d’avoir ses adeptes. On en retrouve de plus en plus (même dans les fêtes de vendanges grand public), jusqu’à retrouver des bouteilles mise en avant avec écrit en gros NATURE en grande surface. Mais alors, qu’est-ce que c’est que le vin naturel ?

Vas ésch dés que le vin naturel ?

Retranscription de la vidéo ci-dessous

Le vin naturel, c’est un vin dans lequel il n’y a pas, ou quasiment pas, d’intrants.

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La Macération Carbonique (vidéo)

Pour ceux qui ne peuvent pas voir la vidéo ou désirent une version écrite, voici ce qui est plus-ou-moins une retranscription manuscrite sur le sujet de la macération carbonique.

La Macération Carbonique est en quelque-sorte une fermentation différente de ce qu’on retrouve habituellement.

En règle général, après les vendanges, les raisins sont écrasés pour en libérer le jus, c’est ce qu’on appelle le pressurage. Les levures qui sont contenus sur les peaux vont transformer les sucres présents dans ce jus en alcool et en dioxyde de carbone. C’est ce qu’on appelle la fermentation alcoolique.

Ici, on va utiliser une méthode différente, qui est sans doute la première méthode qui fut utilisée, notamment pour les premiers vins géorgiens fermentés en Qvevri. Cette méthode est majoritairement utilisée pour les vins rouges primeurs, notamment dans le beaujolais. Mais elle se répand également dans d’autres régions, surtout par des vignerons « naturels » ou en biodynamie.

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Le Vin Orange

Spoiler alert : ce ne sont pas des vins sponsorisés par la marque de téléphonie mobile.
Bon, maintenant que cette très bonne mauvaise blague est sortie, on peut passer aux choses sérieuses.

Cela fait quelques années qu’on en entend parler maintenant : une quatrième couleur arrive et existe pour le vin. Non non, je ne parle pas de vin bleu (pouah !?), mais bien du vin orange ; en même temps vous avez lu le titre.

« Vas esch dés que le vin orange ? » vous allez me dire. Les vins oranges sont également appelés « vins de macération », ce qui nous met déjà en partie sur la voie de sa fabrication.

 

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VDN : Le Muscat de Beaumes-de-Venise

Bonjour à tous !

Aujourd’hui on va quitter un peu le Nord-Est de la France pour se rendre – malheureusement virtuellement – dans ce qu’on pourrait appeler le Sud. Quoi que le sud, on restera quand même dans une appellation dont on dit qu’elle est la plus septentrionale qui produit des vins doux naturels, dont la plus au Nord.

Il s’agit du village Beaumes-de-Venise dans le Vaucluse (désolé pour ceux qui penser se diriger vers l’Italie, rien à voir avec Venise). L’appellation Muscat de Beaumes-de-Venise est située entre les régions du Ventoux et des Côtes du Rhône Villages, non loin de la ville d’Orange.

On est ici bien loin des muscats secs et légèrement amers en fin de bouche des muscats alsaciens. Au contraire, on est ici dans la douceur, dans un vin très sucré aux couleurs dorées. Il s’agit d’un Vin Doux Naturel.
Les muscats de Rivesaltes et les muscats de Beaumes-de-Venise ont longtemps été des vins que j’appréciais énormément, habitué au sucre résiduel notamment présents dans les vendanges tardives d’Alsace.

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DSA #2.2 : « Skin Contact » d’Alice Feiring

Bonjour à tous !

Ce livre m’a été conseillé par des amateurs de vins biodynamiques et naturels. Un petit bémol néanmoins résidait dans un style annoncé redondant. Permettez moi de vous dire que c’est tout à fait le contraire !

Skin contact : voyage aux origines du vin nu

J’avais dit dans l’article présentant ce « challenge de lecture » que je ne savais pas réellement à quoi m’attendre. Et je m’attendais en effet à un reportage un peu soporifique sur les origines des vins, et l’élevage en amphore (présente sur la couverture du livre).

Voici donc ma chronique argumentant l’inverse. Le titre en français complet est « Skin Contact. Voyage aux origines du vin nu ».

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DSA #2.1 : « Le Vin c’est pas sorcier » d’Ophélie Neiman

Bonjour à tous !

Ceci est la chronique du premier livre du défi 7 jours 7 livres. Il s’agit du livre Le vin c’est pas sorcier – Nouvelle édition d’Ophélie Neiman.

Je vous avait dit avoir choisit ce livre pour commencer ce défi avec de bonnes bases et un rappel de plusieurs principes concernant la viticulture, la vinification et d’autres thèmes en rapport avec le vin. J’ai choisis également ce livre connaissant les qualités pédagogiques de celle qui tient le blog Miss Glouglou, et sur ce point, c’était totalement justifié.

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