Le Vin Orange

Spoiler alert : ce ne sont pas des vins sponsorisés par la marque de téléphonie mobile.
Bon, maintenant que cette très bonne mauvaise blague est sortie, on peut passer aux choses sérieuses.

Cela fait quelques années qu’on en entend parler maintenant : une quatrième couleur arrive et existe pour le vin. Non non, je ne parle pas de vin bleu (pouah !?), mais bien du vin orange ; en même temps vous avez lu le titre.

« Vas esch dés que le vin orange ? » vous allez me dire. Les vins oranges sont également appelés « vins de macération », ce qui nous met déjà en partie sur la voie de sa fabrication.

 

Pourquoi est-ce que j’en parle ?

Concrètement, ce ne sont pas forcément pour le moments vins que je préfère. Il faut dire que je n’en ai goûté qu’une douzaine pour le moment, donc difficile de se faire une idée sur ce vaste – et très varié – sujet.
Néanmoins ce sont des vins différents, et j’apprécie ce type de vin dans le sens où ce ne sont pas les vins fades que l’on commande au verre dans de nombreux bars ou restaurants (il faut dire que je n’aime pas le bière, ce qui accentue ce côté « pénurie »).

J’ai tendance à apprécier l’acidité dans les vins, et ce n’est pas le point fort de ces vins oranges. Mais ces vins offrent une belle puissance aromatique, une diversité de goûts selon les vignerons, et en tout cas des surprises, très belles et moins belles, selon les bouteilles.
Il s’agit donc assurément de vins à goûter, et à boire (avec modération) si vous en avez l’occasion.

Comment fait-on du vin orange ?

Pour schématiser, on prend des grappes de raisins de cépages blancs, et on les vinifie comme des vins rouges. On va faire macérer le jus de ces raisins avec les peaux. On appelle cela la macération pelliculaire, d’où le nom attribué de vins de macérations.
Les tanins et la couleur étant compris dans les peaux (les polyphénols et anthocyanes si vous désirez utiliser des noms barbares), le contact du jus avec ces derniers va donner une couleur ambré ou plutôt orangées.
La macération peut aller de quelques jours à quelques mois.

Après, cela dépend complètement du vigneron. Certains assemblent plusieurs cépages, d’autres font des vins de monocépage. C’est aussi cela qui est intéressant, comme pour les Pet’Nat’. Vu qu’il n’existe pas d’appellation reconnue par l’INAO, le vigneron peut faire tous les essais qu’il veut pour voir ce qui fonctionne avec ses raisins. Il va donc affiner au fil des années. Il n’a pas les poings liés par une étiquette, et peut faire ce qui lui plaît et ce qu’il considère comme étant la meilleure expression de son terroir et de ses vignes (oui, le but n’est pas non plus de jouer à l’apprenti chimiste).

Cela donnera des vins qui ne vont pas forcément plaire à tout le monde, mais qui plairont au vigneron. Certains seront parfois excellents, d’autres un peu moins. A chacun de goûter et de se faire sa propre opinion sur cela.

Le contexte historique

Les premiers vins ont sans doute été vinifié de cette façon. C’est en effet une méthode assez simple qui consiste à enfermer dans un jarre les grappes entières (avec les rafles), sans forcément séparer les cépages, et en laissant fermenter tranquillement pendant 7 mois. On ne peut à priori pas faire plus simple comme vinification, et c’est pour cela que certains la considèrent comme la plus naturelle et la plus représentative du terroir.
Ces premiers vins viendraient sans doute de la Géorgie (voir l’article sur les vins géorgiens), et ils reviennent un peu en force depuis le début des années 2000.

C’est néanmoins à l’Italie du Nord et à la Slovénie que revient le mérite d’avoir remis ces vins « oranges » sur le devant de la scène dans les années 90. Il s’agissait alors d’avoir une sorte de retour aux sources du vin.

Est-ce que le vin orange est une mode / un coup marketing ?

Le nom de vin orange

 

On est en droit de le penser. Déjà le nom « vin orange » est un peu particulier. On ne sait pas vraiment d’où il vient, on dit que c’est un coup des américains. Ces derniers sont en train d’essayer de pousser l’émergence de vins en canettes, donc ça ne rassure pas vraiment.
Après tout, il s’agit avant tout de cépages blancs. Quand on vinifie différemment du vins rouges, comme en faisant une macération carbonique, on appelle toujours ce vin du vin rouge, et pas du vin « violet » (alors qu’ils sont moins colorés). De plus, vu que le vigneron peut choisir de faire macérer deux jours comme six mois, la couleur peut varier très fortement. C’est pour cela que beaucoup de vignerons appellent plutôt leurs vins : blanc de macération ou vin de macération plutôt que « vins oranges ».

Cela renseigne néanmoins le consommateur sur une technique de vinification soumis à aucunes règles imposées, vu qu’elle n’a aucune appellation. C’est comme la dénomination « vieilles vignes », on devine vers quoi on s’engage, mais on n’en n’est pas sûr.

Ce terme est donc plutôt marketing, mais la technique l’est-elle également ?

La méthode de vinification

Je ne pense pas du tout. Il y a l’émergence d’un vrai public pour ces vins, qui ont un goût très particulier qui peut plaire comme déplaire. Après tout, si les vins aromatisés arrivent encore à se vendre, il n’y a aucune raison que des vins plus qualitatifs ne résistent pas non ? Rassurez-moi.

Il y a également et surtout de vrais producteurs qui croient en cette vinification, parce-que ce serait la plus ancestrale, et l’une des plus naturelles. Elle permettrait en effet de faire ressortir au plus juste l’essence de leur terroir et de leur travail dans les vignes. Vu que c’est la façon de voir d’une nouvelle génération de vignerons, sans doute que cette méthode aura de l’avenir, et n’est pas donc une simple mode.

Comment est-ce qu’on boit les vins oranges ?

Les vins oranges, c’est un fort caractère -mais une belle fraicheur-, et une forte puissance aromatique avec des notes torréfiées et épicées.
On va les servir à une température intermédiaire entre celle qu’on utiliserait pour des vins blancs, et celle qu’on utiliserait pour les vins rouges (à cause des tanins présents), aux alentours des 14°C.

Pour les servir à table sur des plats, il paraît que cela se fait, j’ai néanmoins un peu de mal avec cela. Certes, les vins oranges ont un côté amer et très aromatiques qui se marierait forcément avec des mets, mais je n’ai pas encore trouvé mon bonheur. Vu que ce sont des vins tanniques, ils seraient à priori plus polyvalent que d’autres. Peut-être suis-je trop traditionaliste.
Si vous avez des idées que je devrai tester pour des accords mets-plats avec les vins oranges, n’hésitez surtout pas à me les dire !

Par contre, pour faire découvrir des vins différents à des amis, cela fonctionne parfaitement. Peut-être tomberez-vous amoureux – comme beaucoup – de ces vins de macération.

Doté d’un fort caractère en bouche, on lui attribue généralement des arômes d’agrume (citron, mandarine) et des notes torréfiées (café, pain grillé). Sa structure est complexe, avec une fraîcheur prédominante et une persistance aromatique importante.

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