Dégustation au Domaine Zind-Humbrecht

La biodynamie chez Zind-Humbrecht : 15 ans de transformation

Turckheim

La journée avait pourtant mal commencée : je me suis réveillé avec le nez bouché. J’ai donc fait des pieds et des mains pour m’occuper de cela car je l’attendais avec impatience cette dégustation !
Quand j’ai vu passé l’invitation pour “La biodynamie chez Zind-Humbrecht : 15 ans de transformation » sur Facebook, je n’ai pas hésité longtemps, et ce pour plusieurs raisons :

  • Parce-qu’on va parler de terroirs alsaciens, et que je souhaite en savoir d’avantage sur ces derniers (voir précédente vidéo).
  • Parce-qu’on va parler de biodynamie, et c’est également un sujet qui m’intéresse beaucoup.
  • Parce-que Zind-Humbrecht, c’est un grand nom des vins biodynamiques alsaciens, et que je n’en avais goûté qu’un seul pour le moment.
  • Et enfin, parce-que faire le comparatif de pratiques différentes sur un même terroir s’annonçait être très intéressant. Il y a en effet souvent une lutte sur les goûts (même s’ils sont subjectifs) dès qu’on parle des vins biodynamiques.

Quatre bonnes raisons donc d’aller à Turckheim, bravant une fine pluie qui ne durera pas.

Zind-Humbrecht

L’évènement a été organisé par Thierry Meyer d’Oenoalsace qui organise des dégustations depuis plus de 15 ans autour des vins d’Alsace. Autant dire qu’il connaît son sujet ! Ce qui est agréable est qu’il le traite avec passion.
On avait tous reçu un PDF très précis d’une vingtaine de page avant l’évènement, avec une présentation du domaine, les commentaires de millésimes et des vins que nous allions goûté par Olivier Humbrecht, ainsi que ses commentaires sur la notion de minéralité dans un vin. Il faut dire également que le site internet du domaine est très fourni sur ces données, ainsi que sur les terroirs acquis au fil des années.

La dégustation était organisée directement au Domaine Zind-Humbrecht, en présence de Pierre Emile Humbrecht, fils d’Olivier et petit-fils de Léonard Humbrecht. Celui-ci a fait plus qu’être présent puisqu’il a contribué à la visite de la cave et à la description des vins et des terroirs de la famille.

Visite de la cave

Vu qu’on était sur place, c’est vrai qu’il aurait été dommage de passer à côté de la visite de l’impressionnante cave du Domaine. Ce fut donc chose faites, principalement par Pierre Emile Humbrecht et assisté de Thierry Meyer. Des explications et de la disponibilité pour les questions, c’était très instructif !

La cave a été construite en 1992, sacrifiant quelques vignes pour construire ce grand espace de vinification. Quand on y entre à cette période, on entend le petit « glouglou » du CO2 rejeté par les fermentations alcooliques. La cave permet d’accueillir de nombreux foudres, barriques et fûts de tailles très différents.
Vu que les rendements sont différents selon les millésimes, chaque année les foudres peuvent acceuillir des cépages de parcelles différentes, afin d’éviter de se retrouver avec des barriques à moitié remplies, qui pourraient être sujettes à l’oxydation.

Le domaine a fait le choix d’élever ses vins à 100% dans des récipients en bois, vu que celui-ci confère un petit côté oxydatif dû à l’échange de l’air que ne permettent pas les cuves en intox. Ces dernières ne sont donc utilisées chez Zind-Humbrecht que pendant les transferts et soutirages.

Ci-dessous le dernier foudre autrichien arrivée dans la cave, au style alsacien.

Les foudres sont tous entièrement régulés en températures depuis 1981. Le domaine aurait été le premier à le faire en Alsace. Lorsqu’on est à l’étage, on peut effectivement apercevoir au-dessus de chaque contenant deux tuyaux : un permettant l’arrivée de l’eau chaude, le second de l’eau froide.

Pierre-Emile nous a parlé de filtration, en disant qu’il était difficile de passer à côté concernant les vins blancs. En effet, ces derniers doivent être limpides pour un consommateur qui serait étonné de voir des vins troubles. D’autres vignerons m’ont en effet témoigné d’une grande surprise voir d’un rejet de certain lorsqu’ils ont décidé de ne plus coller et plus filtrer leurs vins blancs.
Pour le choix de la limpidité, Olivier Humbrecht aurait fait des tests avec différentes colles et différents systèmes de filtrage afin de voir leurs effets sur les goûts des vins. Il aurait donc préféré une filtration stérile sur ses vins, car il préfère brusquer légèrement ses vins plutôt que de les voir modifier par un collage.

 

 

On pourra également parler du palissage de quasiment tout le domaine à partir de 2001, technique dont j’avais déjà parlé ici car utilisée et expliquée par Florian Beck-Hartwe.
Bref, comme dit plus haut, une visite très instructive avec une grande disponibilité de ceux qui l’ont commenté. Merci à eux !

Pour plus d’informations sur l’évolution du domaine, voici une évolution chronologique disponible sur son site internet. A noter les premiers essais en biodynamie dès 1997.

Dégustation et comparaison

C’est donc au tour de Thierry Meyer de faire sa présentation, avec un parcours assez atypique de passionné, loin du phrasé des sommeliers comme il s’est amusé à dire.

Pour ma part, j’ai trouvé l’ensemble des vins excellents. Les différences et préférences sont propres à chacun, et donc ce que je décris ne représente que mon avis.

Riesling Clos Häuserer 2002 – Riesling Clos Häuserer 2008

 

Le Clos Häuserer à Wintzenheim

Wintzenheim est le village situé au Sud de Turckheim. Les vignes appartenant à Zind-Humbrecht y sont plantés depuis 1973 en Riesling. Dans les années 80, uns avaient donc une belle vigueur qui favorisait le développement du botrytis, qui était recherché à ce moment là.
Il s’agit d’un sol marno-calcaire de l’Oligocène assez épais. C’est un terroir assez tardif, ce qui fait que les vins ont toujours une belle acidité et une tension même lorsqu’ils ont un fort taux de sucre résiduel. C’est pour cela qu’il convient très bien au Riesling.

La dégustation

 

Le Riesling 2002 avait un nez très puissant, sur des notes de pâtisseries pour ma part, une bouche grasse, sur le miel, légèrement sur l’oxydait, et une belle finale très séduisante.
Le Riesling 2008 était beaucoup plus en finesse et en élégance, plus fraiche, sur des touches salines et une finale que j’ai trouvé plus « précise ».

Pour comparer, j’ai trouvé que le Riesling de 2002 avait un nez plus « séduisant » au début, mais que le second se distingue par son élégance et sa salinité.
Le premier avait 9 grammes de sucre résiduel, mais une présence de pourriture noble qui donnait ces notes d’agrumes et de miel, et une forte puissance aromatique. Le Riesling de 2008 était plus pur avec 7,3 grammes de sucre, mais des raisins beaucoup plus sains sans Botrytis. Au final les deux étaient bons, dans des styles totalement opposés, pourtant sur les mêmes terroirs et avec le même cépage. Rien que dans la couleur, on distinguait un côté très riche pour le plus ancien et beaucoup plus fin pour le Riesling de 2008.

Riesling Grand Cru Brand 1998 – Riesling Grand Cru Brand 2013

 

Le Grand Cru Brand à Turckheim

Le Grand Cru Brand a un sol granitique, ce qui lui confère aux vins une acidité moins puissante mais plus élégante. Brand signifie « Terre de feu », est c’est justifié par un très bel ensoleillement qui en fait un terroir très chaud et précoce. Du coup, les Rieslings qui y sont plantés peuvent être récoltées avec une belle maturité assez tôt.

La dégustation

Le Riesling de 1998 a un nez qui était également très riche, pâtissier, mais qui semblait plus « juste » que celui du Clos Häuserer de 2002. En effet, si on avait toujours ce côté un peu oxydait en bouche, il y avait un bel équilibre. L’équilibre est amené par un côté salin qui était présent malgré une belle puissance aromatique.
Le Riesling de 2013 avait un nez également séduisant. En bouche, légèrement perlant mais plus fin, plus droit (avec une texture très verticale), et minéral. Une belle tension, c’était précis.

En comparaison, on a un peu près les mêmes différences qu’avec le duo différents, avec déjà à l’oeil une différence entre quelque-chose de très riche et quelque-chose de plus fin. J’ai trouvé que le Riesling de 1998 était peut-être plus « accessible », c’est un peu ce qu’on attendait autrefois d’un vin d’Alsace : c’est très expressif et très séduisant. Mais une fois de plus, j’ai tout de même préféré le second.
Thierry Meyer nous explique que dans les années 90, on cherchait plutôt sur ce terroir la maturité, alors que dans les années 2010, on recherche plutôt une belle longueur.

Riesling Clos Windsbuhl 1999 – Riesling Clos Windsbuhl 2007

Le Clos Windsbuhl à Hunawihr

On revient ici sur un sol calcaire, donc réputé acide. Pierre-Emile nous indique qu’à l’époque, ce terroir était surnommé « la petite Sibérie ». On se retrouve ici à une dizaine de kilomètres au Nord de Colmar et sur une altitude plus élevée que les terroirs précédents. C’est un terroir beaucoup plus tardif que le Grand Cru Brand.
Cette parcelle appartient au Domaine Zind-Humbrecht depuis 1987, et c’est vraiment une belle acquisition !

La dégustation

Le Riesling de 1999 était également très riche, mais, parmi les trois « anciens » Riesling goûtés jusqu’à présent, c’était le plus salin. Très bon, équilibré, sur des notes briochés et de coings.
Le Riesling de 2007 est l’un de mes deux vins préférés de cette dégustations. Un nez très intéressant (alors que les deux autres Rieslings « récents » l’étaient un peu moins), une très grande longueur, très juste et droit. Quand on parle de terroir tardif, ces raisins ont étés récoltés 120 jours après la floraison ! (Alors que le domaine est plutôt aux alentours de 90 – 100 jours habituellement). Les raisins étaient très sains puisqu’il n’y a pas du tout de pourriture noble malgré récolte tardive.

En comparaison, en reste toujours sur la même dichotomie entre les deux. Une fois encore, on a un côté très riche et couleur plus dorée pour le Riesling des années 90, avec la présence de Botrytis, alors que le Riesling de 2007 était beaucoup plus droit.
En tout cas, il s’agit d’une très belle comparaison puisque ces deux vins sont très bons, avec toujours une différence très marquée sur le même terroir et le même cépage.

En bonus, Pierre-Emile Humbrecht nous a fait goûté le Riesling Clos Windsbuhl de 1994. Très accessible au nez, on a l’impression d’avoir du miel dans le verre au nez, avec pourtant une bouche qui nous indique qu’il est sec, avec des notes de citrons confits. A côté de celui-ci, le Riesling de 1999 qui nous paraissait riche paraît un peu plus triste. En effet, même à 20 cm du nez, on sent les arômes qui s’échappent du verre. Merci pour cette découverte !

Pinot-Gris Grand Cru Rangen de Thann Clos-Saint-Urbain 2001 – Pinot-Gris Grand Cru Rangen de Thann Clos-Saint-Urbain 2007

Le Clos-Saint-Urbain, Grand Cru Rangen de Thann

On comparaison avec la « petite Sibérie » de tout à l’heure, là on va aller à l’opposée, dans le vignoble le plus au Sud d’Alsace. Il s’agit d’un sol très en pente (90% en moyenne), dont on a vu tourné quelques vidéos de vendanges en rappel par exemple sur d’autres domaines, et qui demande du coup des moyens. En effet, pour 5 hectares de vignes, le Domaine Zind-Humbrecht embauche 5 personnes, ce qui est énorme !
Il s’agit d’un sol volcanique et de grauwackes, ce qui en fait le seul Grand Cru avec ce type de sol très particulier. Sur ce terroir tardif et relativement élevé en altitude est majoritairement planté du Pinot Gris.

La dégustation

Le Pinot Gris de 2001 est mon second vin préféré de la soirée. On a un côté salin, tourbé et légèrement iodé. Le tout est très juste élégant, pour des goûts qui auraient pu être trop puissants, c’est superbe.
Le Pinot Gris de 2007 est également excellent, puissant en bouche, ample, gras, mais également salin. Une finale plus sucrée que le précédent, alors qu’on avait un côté fumé en bouche. On est ici à 22 grammes de sucre résiduel.

En comparaison, on change ici totalement de cépage et d’univers, mais également de différences. Rien qu’à l’oeil, on remarque ici que le plus récent est plus ambré que l’ancien, contrairement aux comparaisons précédentes. Les deux vins étaient tous les deux excellents, avec un tourné plus appuyé sur le Pinot Gris de 2007.
Thierry Meyer nous explique qu’Olivier Humbrecht est un grand amateur de Whisky. Vu que j’apprécie ceux notamment d’Islay, aux côtés tourbés et iodés, je comprends pourquoi ces deux vins ne me laissent pas de marbre. Une très belle dégustation.

 

Gewurztraminer Grand Cru Hengst 2002 – Gewurztraminer Grand Cru Hengst 2013

La dégustation

Le Gewurztraminer de 2002 s’ouvre sur des notes confites et épicées. C’est un vin puissant, avec de nouveau une légère oxydation positive en finale. Il y a une belle intensité mais également une acidité qui en fait un vin équilibré. 45 grammes de sucre résiduel et 15° d’alcool dû en partie à un faible rendement.
Le Gewurztraminer de 2013 est quand à lui plus fin et frais que le précédent. J’ai trouvé (mais j’étais le seul) qu’il était assez typé « Gewurzt », avec des un côté rose/litchi. Il y avait définitivement une élégance apportée par des arômes de fleurs blanches, beaucoup on dit jasmin. En tout cas, il était plus « polyvalent » que le précédent, en pouvant s’accorder avec des plats.

Pour comparer, on retrouve un peu les différences qu’il y avait sur les trois Rieslings, à savoir une puissance sur le plus ancien et un côté plus précis et élégant sur celui de 2013.

Forte variation de style, bouge à partir de 2005.
Récolte maintenant 90 jour après fleur alors qu’avant 100 – 110 jours pour rechercher botrytis

Conclusion de cette dégustation

La présente conclusion est un mix de la conclusion de Thierry Meyer, les apports de Pierre-Emile Humbrecht qui a donné son avis, et forcément de l’auteur de cet article.

La série « fin des années 90 » correspond à ce qu’on attend souvent des vins alsaciens, à savoir des vins botrytisés, parfois sucrés. C’est excellent, mais c’est un peu dommage de réduire la diversité du paysage viticole alsacien à cela. Bien sûr, ces vins sont bons. S’ils sont riches, ils n’en restent pas moins complexes et ne se résument pas au botrytis.

Pendant la dernière décennie, on a au domaine Zind-Humbrecht des vins plus épurés, plus minérals et plus salins. Il y a une volonté de faire plus de place au terroir, et celui-ci ne peut se réveler qu’en écartant la puissance aromatique de la pourriture noble.
Pierre-Emile Humbrecht nous dit qu’au delà de la Biodynamie apportée fin des années 90, il y a une volonté de recherche de la perfection, à travers la biodynamie, les différentes techniques de vinifications, et choix de dates de vendanges. La question est posée sur le vieillissement de ces vins, vu qu’on a pu constater que les anciens vins vieillissent parfaitement bien.

La minéralité, le fruité et la salinité correspondent également à des modes actuelles, là où les vins puissants et fortement imprégnés de chêne par exemple dominaient à l’époque. Rien ne dit qu’il y aura d’autres évolutions à la prochaine génération.
Encore une nouvelle preuve de la diversité des vins alsaciens dans tous les cas. Deux questions néanmoins à cela : est-ce que le monde va le savoir, et est-ce c’est que les gens attendent du vin d’Alsace ? Dans tous les cas, cela donne d’excellents vins.

Une nouvelle fois, merci à Thierry Meyer pour cette excellente dégustation et pour le choix du thème.

En bonus, Pierre-Emile Humbrecht nous a fait goûté deux autres vins complètement étonnants, dont le deuxième était excellent, sur le sirop d’érable, la prune, avec presque une consistance de miel. C’était magnifique, mais je n’ai pas pris les références. Je pense que vous pourrez les trouver, avec des commentaires aromatiques plus détaillés que les miens, sur le site de Stéphane Wasser prochainement.

Partager l'article
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire